Ces groupes qui prêchent la haine raciale

Etats-Unis Le tueur présumé de Charleston a agi dans un contexte où les suprémacistes blancs continuent d’agir, en lien avec l’Europe

Pour Barack Obama, le racisme est dans l’ADN américain

Barack Obama n’a pas pris de gant lundi dans une interview accordée à la radio WTF. Ce n’est pas parce qu’on n’utilise plus le terme «nègre», a-t-il déclaré, que le racisme a été éradiqué de la société. La fusillade de Charleston, qui a causé la mort de neuf Afro-Américains abattus par un jeune inspiré par la mouvance suprémaciste blanche, provoque un nouveau débat enflammé en Amérique. «Nous ne sommes pas encore guéris du racisme», a ajouté le démocrate. Pour le premier président noir des Etats-Unis, les relations interraciales se sont indéniablement améliorées. Le mouvement des droits civiques des années 1960 a permis d’importants progrès. «Mais l’héritage de l’esclavage, de Jim Crow […] est toujours inscrit dans notre ADN.»

Le Southern Poverty Law Center (SPLC), une association observant les mouvements d’extrême droite ne contredit pas la Maison-Blanche. Preuves à l’appui, il montre la persistance de mouvements racistes. Dylann Roof, le tueur présumé de Charleston, a semé la terreur dans un contexte social qui reste tendu quand il est question de race. Selon le SPLC, la Caroline du Sud recense 19 groupes prêchant la haine (race, genre, orientation sexuelle). La police n’associe aucun d’eux à la fusillade du 17 juin dernier qui ne serait le fait que de Dylann Roof, un jeune de 21 ans dont la radicalisation est apparue sur un site Internet (Last Rhodesian) créé à son nom et qui véhiculait l’idéologie des suprémacistes blancs. Parmi ces groupes, plus de douze sont ouvertement racistes. Deux branches se revendiquent du Ku Klux Klan. Parmi six groupes de «néo-confédérés», deux unités veulent promouvoir la «culture anglo-celtique». Deux mouvements néonazis figurent aussi sur la liste du SLPC. Le Council of Conservative Citizens, un groupe défendant un nationalisme blanc, rejette toute intégration raciale et toute mesure susceptible de «détruire ou de dénigrer l’héritage européo-américain».

Preuve que les liens entre ces milieux et le Parti républicain sont parfois assez ténus, trois candidats à la Maison-Blanche, Ted Cruz, Rick Santorum et Rand Paul ont reçu des fonds du président du Council of Conservative Citizens, Earl Holt. Un hasard? Tous trois sont adoubés par le Tea Party, un mouvement né au lendemain de l’élection de Barack Obama et défendant surtout des Blancs d’un certain âge. Ted Cruz s’est empressé de déclarer que ces fonds allaient être restitués. Le RandPAC, le comité politique soutenant Rand Paul a lui aussi précisé que l’argent reçu serait versé en faveur des victimes de la tuerie de Charleston.

La Caroline du Sud, dont le passé racial est lourd, n’est pas le seul Etat à abriter des mouvements prêchant la haine. A l’échelle des Etats-Unis, le SLPC en dénombrait 784 en 2014. Leur nombre a bondi peu après l’élection de Barack Obama et le début de la crise économique, atteignant 1007 en 2012. La race expliquait 60% des actes de haine dans les années 1940. Aujourd’hui, cette proportion a chuté à moins de 50%. Ces statistiques montrent néanmoins que la principale menace terroriste aux Etats-Unis, ce ne sont pas les extrémistes musulmans violents, mais ceux issus de mouvements d’extrême droite.

Morris Dees et Richard Cohen, respectivement fondateur et président du Southern Poverty Law Center, réfutent la tendance à voir la tragédie de Charleston comme un acte isolé commis par une personne psychiquement dérangée ou qui se serait radicalisée seule. De tels événements sont liés à un mouvement plus large. Avant de massacrer neuf Noirs, Dylann Roof a dénoncé le fait que les Noirs «prenaient le contrôle» des Etats-Unis. Un leitmotiv chez les suprémacistes blancs qui ont organisé de multiples marches à travers le pays pour dénoncer le «génocide des Blancs». Selon Morris Dees et Richard Cohen, les mouvements suprémacistes blancs américains s’efforcent de créer des réseaux internationaux en France, au Royaume-Uni et ailleurs en Europe. Plus de 30 réunions «internationales» de groupes défendant la race blanche ont eu lieu depuis 2013. Dylann Roof rappelle le cas d’Anders Behring Breivik, le Norvégien qui massacra près de 70 personnes pour sauver l’Europe de l’islam. «Monsieur Breivik, ajoutent les responsables du SLPC, avait des liens avec les nationalistes blancs américains à travers Stormfront, un site créé par un ancien du Ku Klux Klan.» Leur combat: le multiculturalisme.

Prix Nobel d’économie, Paul Krugman le souligne dans sa chronique du New York Times. Si certains Etats (du Sud) n’ont pas voulu mettre pleinement en œuvre Obamacare et si les Etats-Unis n’ont pas un Etat social très développé, la raison en est simple: la race. Car ce serait avant tout les gens de couleur qui en bénéficieraient.

Des marches dénoncent le «génocide des Blancs» et les mariages interraciaux