Le porte-parole du gouvernement macédonien, Antonio Milososki, l'a martelé sur tous les tons: l'ultimatum lancé mardi soir par Skopje aux rebelles albanais, sommés de se rendre ou de se retirer du pays dans les vingt-quatre heures, «ne sera en aucun cas prolongé». Et d'ajouter: après, «nous ferons ce que fait chaque Etat lorsqu'il est confronté au terrorisme», sous-entendu l'armée utilisera tous les moyens à sa disposition pour «anéantir» les rebelles. Mais la menace n'aura servi à rien. La guérilla s'est simultanément déclarée déterminée à poursuivre sa lutte.

«Nous ne lâcherons pas nos positions, nous allons avancer et ouvrir de nouveaux fronts», a indiqué sous couvert de l'anonymat un membre de l'état-major de l'Armée de libération nationale des Albanais de Macédoine (UÇK-M), stationnée dans la région de Tetovo, aujourd'hui transformée en champ de bataille. Pur bluff? Rien n'est moins sûr. Ces propos rappellent ceux d'un autre dirigeant de la rébellion, qui assurait avant même le début des combats que la stratégie de son mouvement était d'étendre la lutte armée à Gostivar (ville peuplée majoritairement d'Albanais), Skopje (la capitale) et l'ensemble du territoire macédonien. «Nous avons des cellules dans tout le pays», avait-il prévenu.

Divers incidents ont d'ailleurs eu lieu ces deux derniers jours, qui pourraient présager d'un élargissement des zones d'insécurité. Le porte-parole du ministre macédonien de l'Intérieur, Stevo Pendarovski, a ainsi informé qu'un autobus en provenance de Bitola, près de la frontière grecque, a essuyé des coups de feu alors qu'il circulait mardi après-midi sur la route Tetovo-Skopje, sans qu'aucun de ses passagers ne soit atteint. Quelques heures plus tard, une patrouille de police a subi la même mésaventure à Tabanovci, un village situé près de la frontière yougoslave.

Durcissement général

L'incident le plus grave a eu lieu mercredi à Skopje, sans qu'on sache, cependant, s'il est dû à la guérilla ou, plus simplement, au crime organisé. Des coups de feu ont été tirés contre un groupe de policiers dans le quartier à majorité albanaise de Caircanka, qui jouxte celui de Bitpazar, théâtre en novembre 1992 de graves incidents armés qui avaient fait 4 morts et 36 blessés suite à l'arrestation d'un trafiquant de cigarettes. L'un des agents a été grièvement blessé avant de décéder lors de son transfert à l'hôpital. Stevo Pendarovski a refusé de se prononcer sur les mobiles de l'attentat mais la chaîne de télévision privée A1 a assuré que la fusillade était l'œuvre d'inconnus «en treillis».

Un durcissement général des positions paraît de plus en plus inévitable au fur et à mesure que se multiplient les actions armées et que se manifestent les partisans de la guérilla. Tout en condamnant implicitement le refus de l'UÇK-M de se plier à l'ultimatum macédonien, le président du Parti démocratique des Albanais (PDA), Arben Xhaferi, membre de la coalition au pouvoir à Skopje, a menacé mercredi de s'en retirer si sa formation n'était pas plus étroitement associée à la gestion de la crise. «Si je n'ai pas un rôle plus important dans le processus de prise de décision, je n'ai rien à faire dans ce gouvernement», a-t-il asséné lors d'une conférence de presse donnée à Tetovo.

Gagnée par le pessimisme, l'OTAN a décidé pour sa part de s'impliquer davantage dans la crise en demandant officiellement aux pays membres de l'Alliance de fournir des troupes supplémentaires à la force de paix au Kosovo (KFOR), pour lui permettre de mieux surveiller la frontière séparant le territoire dont elle est chargée et la Macédoine. Pour sa part, la France aurait proposé d'envoyer sur place des drones (avions de reconnaissance sans pilote). Le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général américain Joseph Ralston, a confirmé mercredi que son organisation offrait à Skopje des renseignements militaires sur les rebelles albanais. Une cellule de renseignement serait déjà opérationnelle sur place.

L'OTAN a parallèlement appelé ses membres à fournir une «assistance bilatérale directe» à l'ancienne république yougoslave. D'après un diplomate, cette formule peut désigner la fourniture de matériel ou l'envoi d'équipes de conseillers militaires (le gouvernement britannique a annoncé qu'il allait en dépêcher deux auprès des autorités de Skopje). Mais la guérilla se renforce aussi. Dans la nuit de mardi à mercredi, des troupes allemandes de la KFOR ont été impliquées dans des échanges de tirs sur la frontière entre le Kosovo et la Macédoine après avoir tenté d'interpeller des contrebandiers… d'armes.