Un tribunal civil japonais a rejeté mardi des demandes de compensation de Chinois victimes pendant la Seconde Guerre mondiale d'atrocités dont est accusée la tristement célèbre Unité 731 japonaise de recherche en armes bactériologiques. L'affaire a été portée devant la justice par 180 Chinois se disant survivants ou parents de victimes d'attaques bactériologiques de la part des Japonais dans les provinces de Zhejiang et Hunan de 1940 à 1942. Le Tribunal de district de Tokyo a rejeté les demandes tout en admettant que l'armée japonaise avait pratiqué la guerre bactériologique. Les plaignants demandaient des excuses et des dommages de 10 millions de yens (86 000 euros) chacun pour les atrocités dont ils accusent l'Unité 731, notamment le «bombardement» de villes avec le bacille de la peste bubonique ou les germes d'autres maladies. Les expériences de ce centre dirigé par le savant Shiro Ishii ont été confirmées par plusieurs médecins nippons survivants ayant travaillé à ses côtés. Certains, rongés par le remords, ont même passé leur vie à témoigner, au point d'être menacés physiquement par l'extrême droite, hostile à tout aveu de culpabilité.

Nombreux criminels épargnés

L'Etat japonais a toujours refusé d'accorder des compensations individuelles aux victimes de son armée, de ses conquêtes coloniales et des déportations massives opérées durant la guerre, lorsque des dizaines de milliers de prisonniers blancs et asiatiques furent contraints au travail forcé pour des firmes nipponnes. Tokyo estime que les traités de paix conclus après-guerre ont réglé ce problème. Le Japon a longtemps été encouragé dans son négationnisme par les Etats-Unis, désireux avant tout de lutter contre la contagion communiste et de ne pas porter atteinte à la figure tutélaire de l'empereur Showa, décédé en 1989. Supposé être le pendant de Nuremberg, le procès de Tokyo, en 1945, a épargné de nombreux criminels de guerre.