La prestation de serment de Dmitri Medvedev ce mercredi, sous les ors du Kremlin et devant les télévisions du monde entier, marquera la fin du processus de transition voulu par Vladimir Poutine, qui s'est apparemment déroulé selon le scénario prévu. Mais depuis des mois, la guerre fait rage entre les différents «clans» qui se partagent les influences et le pouvoir depuis l'accession au Kremlin de Vladimir Poutine. Dans un pays qui n'a jamais connu la dualité du pouvoir, l'arrivée d'un nouveau joueur, même affaibli par le maintien aux affaires de son prédécesseur, alimente les conflits et les jeux de coulisses.

Après les années Boris Eltsine, marquées par la toute-puissance d'une oligarchie enrichie par l'effondrement du système soviétique, l'ère Poutine aura, elle, assisté au retour en force des siloviki, ces haut gradés des services de renseignement et des organes de défense. Non seulement ils jouent aujourd'hui un rôle politique de premier ordre, mais ils sont également à la tête d'empires économiques rapatriés dans le giron de l'Etat après avoir été confisqués aux oligarques: le conseil d'administration de la compagnie pétrolière Rosneft est contrôlé par Igor Setchine, qui dirige par ailleurs l'administration présidentielle de Vladimir Poutine; Viktor Ivanov, proche conseiller du président, est également à la tête de la compagnie aérienne Aeroflot et du conglomérat Almaz-Antey, l'un des monstres du complexe militaro-industriel national.

Mais ces siloviki, réputés favorables à la mainmise de l'Etat sur les grands secteurs économiques et souvent qualifiés de «faucons» au niveau diplomatique, ne sont pas les seuls en lice dans la lutte d'influence qui se joue au Kremlin. Le clan des «libéraux» économiques, jugés également plus pragmatiques - du moins dans le discours -, constituent l'autre aile de la verticale du pouvoir mise en place par Vladimir Poutine. Parmi ceux-ci, Dmitri Medvedev, le futur président, habituellement associé au clan libéral par les observateurs politiques et autres kremlinologues.

Le système établi par Vladimir Poutine se nourrit justement de cette lutte entre différentes factions. En mettant en confrontation les divers «clubs» qui gravitent autour de lui, Vladimir Poutine a pu se positionner au-delà des rivalités et exercer le pouvoir en soufflant le chaud et le froid. Mais en nommant à sa succession un «libéral» qui n'a pas de clan solide autour de lui, Vladimir Poutine a pris le risque de déclencher une série de luttes intestines qui se poursuivent aujourd'hui.

C'est le cas du ministre des Finances, Alexeï Koudrine, réputé partisan de réformes économiques libérales. Son ministère est au cœur de l'une des luttes de pouvoir les plus violentes de ces derniers mois. Fin novembre, son vice-ministre, Sergueï Stortchak, était arrêté pour détournements de fonds. Responsable de l'imposant Fonds de stabilisation, la manne de l'Etat russe issu des recettes du gaz et du pétrole, Sergueï Stortchak aurait ainsi été victime du clan des «faucons», cherchant à déstabiliser les libéraux à l'aube de la nouvelle présidence. L'affaire est toujours en cours, et connaît de multiples rebondissements: fin avril, deux enquêteurs de «l'affaire Stortchak» étaient, eux, relevés de leurs fonctions.

En arrivant au Kremlin cette semaine, Dmitri Medvedev n'aura pas seulement un premier ministre encombrant à gérer. Dépouillé d'une partie de ses pouvoirs par un Vladimir Poutine déterminé à se concocter une fonction sur mesure, Dmitri Medvedev devra également réussir à mettre sous son contrôle les différentes factions qui s'entre-déchirent. L'élection présidentielle russe du 2 mars dernier, dont le scénario était joué d'avance, n'a laissé place à aucune surprise. Avec sa prise de fonctions, Dmitri Medvedev connaîtra dès cette semaine sa véritable campagne pour le pouvoir.