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Guerre des communiqués entre l’UE et la Libye

Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept se retrouvent à Bruxelles aujourd’hui après un dîner dimanche soir largement consacré à la répression en Libye. L’UE redoute que le régime du colonel Kadhafi s’enferre dans une spirale de violence. Point noir: l’Italie et la République tchèque tentent encore de ménager le régime libyen.

C’est la guerre des mots. Confrontée à la recrudescence des informations en provenance de Libye sur l’ampleur de la répression dans ce pays, l’Union européenne a choisi d’affronter le régime du colonel Kadhafi. Arrivés à Bruxelles dimanche soir pour un dîner largement consacré à la crise libyenne, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept ont exhorté le régime libyen à répondre aux aspirations «légitimes» du peuple et à cesser de réprimer dans le sang les manifestations.

Au vu de la prudence extrême affichée d’ordinaire par les dirigeants européens envers le colonel Kadhafi, accueilli régulièrement avec le tapis rouge dans les capitales européennes, ce retournement présage, quoi qu’il advienne, d’un revirement important.

La cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui préside aujourd’hui à Bruxelles le Conseil des ministres des Affaires étrangères, a plaidé en faveur d’«un dialogue ouvert et significatif» et demandé que le régime libyen «s’abstienne immédiatement de tout nouveau recours à la violence à l’encontre de manifestants pacifiques». Un souhait qui, au vu des communiqués du gouvernement de Tripoli, a peu de chances d’être exaucé. Cent septante-trois personnes seraient déjà mortes au cours des affrontements selon plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, selon des bilans datant de dimanche.

L’Union européenne est, vis-à-vis de la Libye, dans une position extrêmement délicate. Depuis des années, les comportements outranciers du colonel Kadhafi mettent les nerfs des Vingt-Sept à l’épreuve, comme cela fut le cas dans l’affaire des otages suisses à Tripoli. Mais le fait que ce pays soit important pour les approvisionnements énergétiques de l’Union, et qu’il joue un rôle clef dans les filières d’immigration clandestine en provenance d’Afrique subsaharienne – en raison de ses 2.000 kilomètres de côtes et des 4.000 km de frontières qu’il partage avec ses six voisins africains – en fait une bombe aux portes de l’Europe.

La réunion des chefs de la diplomatie ce lundi à Bruxelles doit justement discuter de l’immigration, alors qu’une mission de l’agence Frontex chargée de la surveillance des frontières de l’Union a été envoyée dimanche sur l’île de Lampedusa, en Italie. Le président du Conseil italien Silvio Berlusconi est l’un des partenaires les plus proches du Colonel Kadhafi vis-à-vis duquel il a toujours prôné une politique «d’engagement constructif» plus que problématique. L’Italie et la République tchèque ont d’ailleurs refusé dimanche soir de condamner vertement la Libye, laissant prévoir des débats très vifs au sein des Vingt-Sept si la situation se détériore encore plus. Les autorités libyennes ont de leur côté menacé de cesser toute coopération en matière de lutte contre l’immigration illégale.

Catherine Ashton doit, dans la foulée de la réunion des ministres, s’envoler lundi soir pour Le Caire. Une conférence de haut niveau sur l’aide au monde arabe en ébullition se tiendra ensuite à Bruxelles mercredi, au niveau des hauts fonctionnaires. L’UE a sollicité la Banque européenne d’investissement, lui demandant de débloquer un milliard de dollars pour financer des projets dans les pays touchés par la vague de protestation et de démocratisation.

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