Guerre de Gaza: l’ONU accuse Israël

Proche-Orient Rapport explosif sur l’opération de l’été 2014

Chaque phrase a beau avoir été soupesée, les enquêteurs de l’ONU avoir rivalisé de précautions, le rapport sur la guerre de Gaza de l’été 2014 qu’ils ont présenté lundi est explosif. Par son contenu, cinglant contre Israël, mais aussi parce qu’il va devenir un document clef dans la bataille judiciaire et médiatique qui s’engage entre Palestiniens et Israéliens.

L’ONU a accumulé suffisamment d’éléments attestant de crimes de guerre perpétrés à la fois par Israël et le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle Gaza. Le document d’une trentaine de pages détaille le déluge de feu qui s’est abattu sur la mince de bande de territoire pendant cinquante et un jours en représailles aux tirs de roquettes et de mortiers sur I’Etat hébreu. Ces derniers ont, au final, tué six civils israéliens. Pour sa part, l’armée israélienne a mené 6000 frappes aériennes. Ses chars et son artillerie ont tiré 50 000 fois contre un territoire densément peuplé, causant la mort de 2251 Palestiniens, dont deux tiers de civils.

La commission d’enquête dénonce notamment les attaques de l’aviation israélienne contre des immeubles d’habitation de Gaza. Elle a examiné 15 frappes au cours desquelles 216 personnes ont été tuées, en majorité des femmes et des enfants. A chaque fois, des armes de haute précision ont été utilisées. Dans six de ces cas, les enquêteurs de l’ONU n’ont trouvé aucune information sur des cibles militaires potentielles.

«Lorsque les énormes pertes civiles sont devenues évidentes, les règles d’engagement de l’armée israélienne auraient dû être revues. Cela n’a pas été le cas», dénonce Mary McGowan Davis, la présidente de la commission d’enquête (lancée par le Conseil des droits de l’homme en septembre 2014). L’ONU laisse entendre que ces bombardements pourraient avoir «au moins tacitement été approuvés jusqu’au sommet du gouvernement», sans toutefois citer nommément le premier ministre Benyamin Netanyahou. «Nous n’avons pas de preuve pour remonter la chaîne de commandement, mais il y a des éléments circonstanciels», explique Mary McGowan Davis.

«Politiquement motivée»

Lorsqu’ils débattront du rapport lundi prochain, les Etats membres du Conseil des droits de l’homme pourraient recommander une saisie de la Cour pénale internationale, laquelle a déjà lancé une enquête préliminaire. Les Palestiniens viennent en effet de ratifier le statut de Rome, ce qui permettrait d’engager des poursuites contre les dirigeants israéliens.

Israël a d’ores et déjà critiqué le rapport de l’ONU, qui ne fait pas «la différence fondamentale entre le comportement moral d’Israël durant l’opération «Bordure protectrice» et les organisations terroristes auxquels elle a été confrontée», argumente le ministère des Affaires étrangères, dans un communiqué. L’Etat hébreu estime que l’enquête était «politiquement motivée», car elle a été décidée par une instance qui condamne Israël plus souvent que «la Syrie, l’Iran et la Corée du Nord réunis».

Le rapport onusien a connu un accouchement des plus compliqués. Son précédent président, le professeur canadien William Schabas, avait démissionné en février, après avoir admis qu’il avait effectué par le passé un mandat pour le compte de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Le rapport aurait dû être présenté en mars, mais a été reporté à ce mois de juin, officiellement pour permettre d’inclure de nouveaux témoignages.

Les enquêteurs onusiens n’ont pas pu se rendre sur place, mais ont interrogé des témoins, qui sont venus jusqu’à Genève ou à Amman, en Jordanie. Israël a refusé de coopérer. L’Egypte a argué de raisons de sécurité pour refuser un accès à Gaza depuis son territoire.