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A genoux, en guise de protestation. Les Jacksonville Jaguars lors d’un match à Londres le 24 septembre.
© Andrew Boyers/Reuters

Etats-Unis

La guerre de l’hymne divise l’Amérique

La polémique entre Donald Trump et les sportifs professionnels sur le boycott de l’hymne national au début des matchs trahit différentes interprétations de la notion de patriotisme

La polémique qui s’est emballée ce week-end aux Etats-Unis autour du boycott de l’hymne national par des sportifs professionnels est révélatrice: elle rappelle le caractère sacro-saint de la «Star Spangled-Banner» et du drapeau américain. Elle pose surtout une question cruciale: entre un président qui crie à l’irrespect sans mâcher ses mots et des footballeurs qui dénoncent des injustices sociales et raciales, qui sont finalement les plus patriotes?

«You’re fired!»

Après l’affaire Colin Kaepernick, ce quarterback des San Francisco 49ters ostracisé par la Ligue nationale de football américain (NFL) pour avoir décidé en août 2016 de s’agenouiller pendant l’hymne, c’est Donald Trump qui a mis de l’huile sur le feu vendredi soir, lors d’un rally dans l’Alabama. Galvanisé par la foule, il a tenu des propos particulièrement violents, en reprenant le «You’re fired!», termes fétiches de son ex-émission de téléréalité «The Apprentice». «Virez-moi ce fils de pute du terrain tout de suite! […] Il est viré! Il est VIRÉ!», a-t-il osé lancer en parodiant ce qu’il dirait à la place des propriétaires de clubs de NFL.

Lire aussi: Colin Kaepernick, ou le difficile retour du sportif engagé

Donald Trump n’en est pas resté là: il a encouragé les supporters à boycotter les matchs. «Si les fans de NFL refusent d’aller aux matchs jusqu’à ce que les joueurs cessent de manquer de respect à notre drapeau et à notre pays, vous verrez rapidement un changement. Virez ou suspendez!», a-t-il écrit sur Twitter. Il s’en était pris auparavant au basketteur Stephen Curry, meneur de l’équipe de NBA des Golden State Warriors et fervent défenseur de Colin Kaepernick, en annulant son invitation à la Maison-Blanche. Cela lui a valu d’être traité de «tocard» par un autre joueur de la NBA, LeBron James.

Ripostes variées

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Très rapidement, de nombreux joueurs de la NFL ont mis leur genou à terre en début de match. Sur 14 parties de NFL disputées dimanche, plus de 150 joueurs l’ont fait, du jamais vu. Des footballeurs afro-américains ont même osé le poing levé, comme l’avaient fait les athlètes Tommie Smith et John Carlos lors des Jeux olympiques de 1968.

D’autres ont opté pour une attitude plus sobre: se tenir les bras durant l’hymne, habituellement interprété avant chaque rencontre et où joueurs et public se tiennent debout, la main droite sur le cœur pour les plus patriotes. A Nashville, les Seattle Seahawks et les Tennessee Titans ont choisi de rester dans les vestiaires pendant l’hymne. La vague de protestation a contaminé d’autres sports. Même le chanteur Stevie Wonder a posé samedi soir un genou à terre, lors d’un concert à New York.

Lire aussi: Thabo Sefolosha, au rebond de Colin Kaepernick

Un attachement très marqué

La polémique révèle un choc culturel. Le culte du drapeau et de l’hymne est très important aux Etats-Unis. Le lever de drapeau, en musique, reste fréquent dans les écoles et les administrations. Et près de deux tiers des Américains, fiers de leur pays, exhibent le drapeau chez eux, dans leur voiture ou sur leur lieu de travail, même si ce patriotisme exacerbé, très attaché aux symboles, se perd un peu chez les plus jeunes.

Pour Donald Trump, le boycott de l’hymne est un affront majeur, un manque de respect total. Colin Kaepernick, lui, dénonçait une autre forme d’irrespect: les bavures et violences policières anti-Noirs qui font rage aux Etats-Unis. «Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs», avait-il lancé pour justifier son acte.

Barack Obama était venu à son secours, soulignant qu’il «exerçait son droit constitutionnel à faire passer un message». Mais, en septembre 2016, lors d’une conférence à l’issue du sommet du G20 en Chine, le président démocrate avait aussi admis que l’attitude pouvait être «difficile à digérer pour les familles de militaires». Le sujet est sensible. Tout le monde a en tête les scènes de cercueils de soldats américains morts au combat, recouverts d’un drapeau américain sur les tarmacs d’aéroports.

«Mon père était un marine»

Brandin Cooks, receveur des New England Patriots, a tenu à mettre les points sur les «i»: «Beaucoup de gens pensent que nous ne respectons pas le drapeau et l’armée mais mon père était un marine, mon oncle était un marine, ma famille a combattu au Vietnam, j’ai le plus grand respect pour les hommes et les femmes qui se battent pour notre liberté». Désormais, le hashtag #TakeTheKnee («Agenouillez-vous») qui s’est imposé sur Twitter traduit avant tout le symbole d’une rébellion contre l’attitude du président.

Sur la défensive et proche de l’autogoal, Donald Trump, qui a mis un drapeau américain comme photo de bannière et cherche à électriser sa base électorale, a de nouveau twitté lundi matin. Et partagé un autre hashtag, #StandForOurAnthem («Debout pour notre hymne»). Le basketteur Kobe Bryant, ex-star des Los Angeles Lakers, résume la controverse ainsi: «Un président dont le seul nom crée la division et la colère, dont les mots inspirent la discorde et la haine, ne peut pas redonner sa grandeur à l’Amérique.»

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