Jusqu’aux petites heures du mercredi 8 janvier, les responsables iraniens peuvent se targuer d’un sans-faute. La mort du major général Qassem Soleimani dans une frappe américaine à Bagdad l’a élevé au rang de martyr. Ses funérailles ont suscité l’union nationale autour d’un pouvoir qui, en fin d’année, voyait ses citoyens le défier une nouvelle fois dans les rues. Et les représailles contre des bases américaines en Irak, sans faire aucune victime, ont permis une démonstration de force.

C’est compter sans le crash, quelques heures plus tard, du vol PS752 d’Ukraine International lors de son décollage de Téhéran. «Nous disposons d’informations montrant que l’avion a été abattu par un missile sol-air iranien», déclare jeudi Justin Trudeau. Si le premier ministre canadien – appuyé par son homologue britannique Boris Johnson – ajoute qu’il s’agit sans doute d’un tir accidentel, il vient néanmoins contredire frontalement la version iranienne d’un incident technique. «Il y a un renversement dans le narratif, observe Agnès Levallois, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique à Paris. L’Iran apparaissait jusque-là comme un acteur raisonnable tentant de ne pas envenimer la situation tout en démontrant sa capacité opérationnelle.»