Proche-Orient

La guerre des mots entre l’ONU et Israël

Depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza, la relation entre l’institution onusienne et l’Etat hébreu s’est fortement tendue. Israël dénonce la partialité de l’UNRWA

La guerre des mots entre l’ONU et Israël

Proche-Orient La relation entre les Nations unies et l’Etat hébreu s’est fortement tendue

Israël dénonce la partialité de l’UNRWA

Depuis l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies de la résolution 181 sur le partage de la Palestine en 1947, les relations entre Israël et l’ONU ont rarement été aussi mauvaises. L’offensive israélienne à Gaza lancée le 8 juillet dernier les a plongées dans une crise aiguë, exacerbée par la mort de huit collaborateurs onusiens au cours des vingt-quatre derniers jours.

Après le bombardement d’une école de l’Agence onusienne pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) à Jabaliya mercredi qui a fait au moins 19 morts, le Genevois Pierre Krähenbühl, chef de l’UNRWA depuis novembre 2013, a eu des mots très durs pour condamner la grave violation du droit international: «La nuit dernière, des enfants ont été tués alors qu’ils dormaient à côté de leurs parents sur le sol d’une salle de classe, dans un refuge désigné comme tel à Gaza. C’est un affront pour chacun d’entre nous, une source de honte internationale.» Et Pierre Krähenbühl, qui a témoigné jeudi devant le Conseil de sécurité via vidéoconférence, d’évacuer tout doute sur les auteurs de la tragédie: «Nous nous sommes rendus sur le site et avons rassemblé des preuves. Nous avons analysé des débris, des cratères et d’autres dégâts. Selon nos premières conclusions, c’est l’artillerie israélienne qui a frappé notre école, où 3300 personnes avaient trouvé refuge.»

Ex-directeur des opérations du CICR à Genève, Pierre Krähenbühl est, par son expérience, imbibé des principes de droit international humanitaire et des notions qui en découlent, celles de proportionnalité et de distinction entre combattants et populations civiles. Son outrage, véhiculé par son compte Twitter, était inhabituel pour l’institution onusienne. Au siège de l’ONU à New York, plusieurs journalistes relèvent d’ailleurs qu’après les propos musclés du Genevois, le ton des hauts responsables des Nations unies est lui aussi devenu plus ferme. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a qualifié «d’injustifiable» une telle attaque, son adjoint, le Suédois Jan Eliasson s’est empressé d’enjoindre Israël de respecter les Conventions de Genève. Quant à Navi Pillay, haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme, elle a accusé Israël ainsi que le Hamas de s’être rendus coupables de «possibles crimes de guerre».

Du côté israélien, on fustige la partialité de l’ONU et de l’UNRWA. Récemment, l’ambassadeur israélien auprès des Nations unies à New York, Ron Prosor, a exigé la suspension du porte-parole de l’UNRWA Chris Gunness, qui, au cours d’une interview avec la chaîne Al-Jazira, s’est effondré en larmes, un fait qui prouverait sa partialité et son biais anti-israélien. Interrogé vendredi par Le Temps , Jeffrey Feltman, secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires politiques, dénonce ces accusations: «L’UNRWA fait un travail héroïque et vient en aide à des Palestiniens qui se trouvent dans une terrible situation. Je ne peux pas accepter l’accusation selon laquelle l’agence irait au-delà de son mandat.» Jeffrey Feltman est par ailleurs clair: «80% des victimes à Gaza sont des civils.»

Répondant à des allégations israéliennes selon lesquelles l’UNRWA serait complice du Hamas, Pierre Krähenbühl a précisé dans plusieurs interviews que son agence avait communiqué de sa propre initiative le fait que des armes avaient été trouvées dans trois écoles de l’agence onusienne, condamnant cette violation perpétrée par le mouvement islamiste de Gaza. Mais il ajoute que l’ONU a annoncé à 17 reprises que l’école bombardée par Israël abritait des milliers de réfugiés, tout en précisant les coordonnées de l’établissement. Avec 225 000 personnes déplacées et une situation humanitaire catastrophique, Pierre Krähenbühl ne s’en cache pas: «Gaza est au bord du gouffre.» Si le conflit continue ainsi, avertit-il, Israël devra prendre en charge les problèmes humanitaires de Gaza que l’UNRWA ne pourra plus assumer seule.

A l’ONU, Israël se sent de plus en plus isolé, même s’il peut compter sur le soutien indéfectible des Etats-Unis. Depuis 1948, Washington a opposé à plus de 42 reprises son veto à des résolutions du Conseil de sécurité au sujet de l’Etat hébreu. A l’Assemblée générale, les Etats-Unis étaient l’un des neuf Etats à s’opposer à l’accession de la Palestine au statut d’observateur de l’ONU en novembre 2012. Israël est allé jusqu’à boycotter le Conseil des droits de l’homme. L’institution basée à Genève a de fait un biais explicite, Israël étant le seul Etat à faire l’objet d’un point spécifique (le point 7) de son agenda. L’Etat hébreu avait par ailleurs très mal vécu la Conférence mondiale de l’ONU contre le racisme à Durban en 2001, où des dérapages anti-israéliens étaient imputables non pas aux Nations unies, mais aux ONG qui participaient au forum qui leur était consacré.

«Si le conflit continue ainsi, Israël devra prendre en chargeles problèmes humanitaires de Gaza»

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