italie

Guerre ouverte entre Berlusconi et le groupe L’Espresso-Repubblica

Le président du Conseil dénonce une campagne «ordurière» du groupe de presse de son rival Carlo De Benedetti

«Monsieur le président, depuis quand connaissez-vous Letizia Noemi? Veronica Lario a dit que vous fréquentiez des mineures, y en a-t-il d’autres?» Depuis un mois et demi, le quotidien progressiste La Repubblica pose tous les jours, dix questions à Silvio Berlusconi sur sa vie privée et ses rapports avec la jeune Letizia Noemi qui a eu l’honneur d’accueillir le président du Conseil à sa fête d’anniversaire de ses 18 ans.

Pour l’heure, le chef du gouvernement italien n’a toujours pas répondu aux interrogations, submergé entre-temps par d’autres scandales et révélations présumées sur les fêtes osées qu’il aurait organisées dans ses résidences romaine et sarde. Il dénonce une campagne de haine «ordurière» contre lui et voit derrière ces attaques un complot politique ourdi entre autres par le groupe éditorial L’Espresso-Repubblica, dont l’actionnaire de référence est l’homme d’affaires Carlo De Benedetti, adversaire déclaré du Cavaliere depuis des lustres. Dans les années 1980, les deux hommes s’étaient entre autres disputé le contrôle du groupe de presse Mondadori, l’affaire s’étant terminée au tribunal.

Avec le cas Noemi et les confessions de la prostituée Patrizia d’Addario, la bataille entre d’un côté Silvio Berlusconi, propriétaire de Mediaset, l’empire de communication de la Péninsule qui contrôle notamment les trois principales télévisions, et de l’autre le groupe L’Espresso-Repubblica a pris un tour nouveau comme s’il s’agissait d’un combat ultime et décisif. Mercredi, le groupe de Carlo De Benedetti a en effet annoncé son intention de porter plainte contre le chef du gouvernement au motif que celui-ci chercherait à lui couper les vivres publicitaires. Dans un communiqué, les dirigeants de L’Espresso-Repubblica ont fait savoir qu’ils avaient «demandé à leurs avocats de prendre toutes les mesures nécessaires à la protection de l’entreprise étant donné le poids aussi bien pénal que civil des déclarations» de Silvio Berlusconi.

Le 13 juin dernier, celui avait exhorté les jeunes entrepreneurs réunis en assemblée à ne plus faire d’investissements publicitaires dans le quotidien accusé de mener un «projet subversif». Silvio Berlusconi avait déclaré en substance: «Il faudrait ne plus avoir ces médias qui chaque jour chantent la chanson du pessimisme. Vous-mêmes vous devriez aller plus loin et ne pas acheter d’espaces publicitaires à ceux qui adoptent de tels comportements.» «Dans le passé, il n’avait jamais tenu de tels propos», constate-t-on à la direction de La Repubblica où l’on ne doute pas que cette déclaration vient «en rétorsion à notre comportement journalistique et à nos dix questions».

Pour l’heure, le groupe de Carlo De Benedetti ne commente pas les effets de ces propos sur la récolte publicitaire. «Si nous avons décidé de porter plainte, c’est qu’un risque véritable existe», souligne-t-on néanmoins.

Le Corriere della Sera, qui appartient au groupe RCS et qui a publié les confessions de la prostituée Patrizia D’Addario, n’a de son côté pas réagi. Mais la guerre entre colosses médiatiques risque de s’étendre. Au-delà du groupe L’Espresso-Repubblica, Silvio Berlusconi considère en effet que l’ombre de Rupert Murdoch se profile aussi derrière les attaques sur sa vie privée. Propriétaire du bouquet télévisuel Sky, le magnat de la communication australien aurait, selon le Cavaliere, monté une «attaque personnelle» contre lui notamment à travers The Times de Londres qui lui appartient. «C’est absurde», a réagi Rupert Murdoch, mais dans l’entourage de Berlusconi les soupçons demeurent.

En attendant, les télévisions privées de Silvio Berlusconi minimisent les affaires et le directeur de Rai Uno (la principale chaîne publique), Augusto Minzolini, est intervenu pour revendiquer l’étrange silence de ses journaux d’information sur les scandales: «Ce ne sont que des commérages», a-t-il jugé.

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