La production de brut nigérian est passée de 2,6 millions de barils par jour en 2006 à 1,8% en mai 2009, selon les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie: une chute spectaculaire de 30% due aux attaques répétées que subissent les installations pétrolières au Nigeria.

Incendies des raffineries, explosions d’oléoducs, sabotages, mais aussi enlèvements des employés des bases pétrolières ou de leur famille: le Mend, le Mouvement d’émancipation du delta du Niger, qui affirme se battre pour une redistribution équitable de la rente pétrolière et contre la dégradation de l’environnement, essaie de se faire entendre depuis 4 ans et a choisi la manière dure. Il faut dire que les trois quarts de la population vivent avec environ un dollar par jour. La manne pétrolière ne reste pas dans le Delta, la contribution locale des compagnies se résumant à la mise en place d’écoles ou de dispensaires. Le Mend n’est pas le seul mouvement qui affirme représenter les populations locales. Ce n’est pas non plus le premier: le Mosop, mouvement pour la survie du peuple Ogoni, une autre des ethnies du delta, a connu une publicité bien malheureuse dans les années 1995 lors que son président l’écrivain pacifiste Ken Saro Wiwa a été exécuté après des actions militantes contre la compagnie Shell. Actuellement, c’est le Mend qui fait le plus parler de lui.

Des menaces mises à exécution

Le 7 avril, ses dirigeants ont annoncé une véritable guerre du pétrole, dans un message diffusé sur internet. «Ouragan Piper Alpha ne fera pas de distinction entre les tribus, les nationalités ou la race lorsqu’elle balaiera la région». Le Mend, qui est très organisé et bien équipé, et se déplace très facilement dans une région pleine de marécages et de baies cachées, exige que les compagnies pétrolières internationales opérant dans le delta du Niger évacuent leur personnel, et appelle nommément Shell à quitter la région «afin d’éviter des dommages collatéraux […] et la mort d’employés». Depuis mai en effet, le mouvement a accentué ses opérations, au rythme de plusieurs sabotages par semaine.

C’est ainsi que tard hier soir, le Mend a revendiqué un nouvel attentat contre un oléoduc «important» de la compagnie anglo-néerlandaise, qui alimentait l’important terminal d’exportation de Forcados, dans la région du delta.

Shell de son côté a déclaré hier aussi l’état de «force majeure» pour son terminal d’exportation de Forcados à compter du 16 juin, entraînant la non-garantie des livraisons du reste du mois et de juillet. La décision suit les retards causés par des dégâts sur un oléoduc majeur, le Trans-Escravos, attaqué début mars par des individus non identifiés.

Un site de la compagnie américaine Chevron a aussi été attaqué au début de la semaine, une station de pompage à Abiteye. Sa production a immédiatement chuté de 100’000 barils par jour. Total a aussi été récemment attaqué. Tous les sites pétroliers sont sous haute garde policière. Les analystes comme ceux de l’International crisis group dénoncent l’escalade de la violence, et recommandent à l’Etat de dialoguer pour dénouer une situation de plus en plus tendue.

De la répression au dialogue

Devant les dégâts économiques provoqués par la rébellion, le chef de l’Etat Umaru Yar Adua oscille entre main tendue et répression. Ces dernières années, d’importants leaders du Mend ont été emprisonnés. La rébellion n’a jamais réussi à faire reconnaître la nature uniquement politique de son combat, tant il est vrai que plusieurs groupes armés écument les territoires qu’ils se sont répartis. L’armée a procédé à plusieurs raids pour tenter de détruire la résistance, et a lancé une opération de grande envergure mi-mai, avec chars, hélicoptères de combat et navires de guerre, faisant en même temps quelques dizaines de victimes parmi les populations civiles. Des cessez-le-feu ont été proclamés, respectés, puis dénoncés.

Le pouvoir a aussi déjà fait plusieurs offres d’amnistie, rejetées par le Mend mais qui pourraient être acceptées par d’autres groupes armés du même type. Umaru Yar Adua avait annoncé lors de son élection en 2007 faire du problème du delta une priorité. Il y a urgence, 90% des ressources du pays proviennent du pétrole.