La boucle sera-t-elle bouclée à Pékin? La dernière fois que Vladimir Poutine s’était rendu à l’étranger, c’était dans la capitale chinoise. Pour l’instant, le président russe ne s’est pas déplacé physiquement en Chine. Il participe virtuellement au sommet des BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – qui s’est ouvert ce jeudi à Pékin. Les débats se poursuivent vendredi.

Le 4 février dernier, le président russe avait été reçu en grande pompe par Xi Jinping à quelques heures de l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Pékin, un événement boycotté par la grande majorité des dirigeants de la planète. Cette rencontre avait consacré l’axe des deux puissances dans leur volonté commune de contester la suprématie – «l’hégémonie», dénoncent-ils – des Etats-Unis. Les deux chefs d’Etat avaient alors vanté leur «amitié sans limites».

En vertu de cette relation spéciale, Vladimir Poutine avait-il informé son allié qu’il s’apprêtait à envahir l’Ukraine? Trois semaines après le sommet de Pékin, les chars russes fonçaient vers Kiev. Au début de la guerre, la Chine a eu de la peine à cacher son embarras, elle qui est si attachée à la «souveraineté» des nations et la «non-ingérence».

Contre les sanctions

L’ambiguïté chinoise semble aujourd’hui levée. Voilà ce qui ressort des propos de Xi Jinping mercredi, à la veille de l’ouverture du sommet des BRICS. Le président chinois a dénoncé «l’élargissement des alliances militaires», une manière de rendre l’OTAN et les Etats-Unis, sans les nommer, responsables de la guerre en Ukraine. Xi Jinping s’en est également pris aux sanctions, une «arme à double tranchant» qui risquait de se retourner contre les Occidentaux tel un «boomerang». Comme s’il s’agissait de la source du problème, plutôt que la guerre menée contre l’Ukraine.

«La Chine a clairement choisi son camp», constate Pierre-Antoine Donnet, ancien correspondant de l’AFP dans le pays et auteur de plusieurs ouvrages sur l’Empire du Milieu, dont le dernier Chine, le grand prédateur (Ed. de l’Aube 2021). Le pouvoir chinois préfère risquer des rétorsions économiques de l’Occident qui pénaliseront l’économie et la population chinoise. Rallier le camp occidental reviendrait pour le Parti communiste à se désavouer, lui qui est viscéralement anti-américain. C’est un choix purement idéologique. La survie du Parti communiste prime.»

Cet alignement sur la Russie ne ferait toutefois pas l’unanimité dans les cercles du pouvoir chinois. Le journaliste français en veut pour preuve des opinions dissidentes publiées dans les organes de presse officiels ces derniers mois. Après l’invasion de l’Ukraine, qui a semblé prendre par surprise Pékin, la Chine s’est, par exemple, prudemment abstenue et n’a pas mis son veto, laissant la Russie empêcher le Conseil de sécurité de l’ONU d’imposer un retrait des troupes russes d’Ukraine. «La Chine n’a pas non plus apprécié quand Vladimir Poutine a brandi la menace nucléaire, continue Pierre-Antoine Donnet. Le Parti communiste chinois a horreur de l’imprévisibilité. Il veut tout contrôler et planifier.»

Revenus pétroliers

Le soutien de la Chine à la Russie n’est pas que rhétorique. Les achats de pétrole russe continuent d’augmenter. «Ces livraisons ont l’avantage de se faire à prix bradés, ce qui est important pour un pays aussi endetté que la Chine», poursuit Pierre-Antoine Donnet. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine importe désormais 2 millions de barils par jour, une hausse de 25% par rapport au début de l’année. L’Inde a multiplié par neuf ses importations de brut russe et achète aujourd’hui près d’un million de barils à Moscou.

Mais Vladimir Poutine attend sans doute encore davantage de son allié chinois, alors que l’armée russe est engagée dans une guerre d’usure en Ukraine et que son industrie d’armement est frappée par les sanctions. «La Chine refuse de fournir une aide militaire à la Russie, estime Pierre-Antoine Donnet. Je ne pense pas qu’elle franchira ce Rubicon.»