L'Afrique de l'Ouest était, il y a quinze ans, une région relativement paisible au cœur ou à la Corne du continent, une région où le problème majeur n'était pas l'insécurité mais le développement. C'en est aujourd'hui fini. La guerre y est non seulement désormais présente, elle a trouvé dans les petits pays coincés entre le Sénégal et la Côte d'Ivoire un terreau désespérément favorable et s'y propage comme une flamme sur une traînée de poudre.

Le pire a commencé le soir de Noël 1989, lorsque le repris de justice libérien Charles Taylor, soutenu par la Libye, est rentré dans son pays pour y lancer une insurrection. Après avoir fait de la terreur sa principale arme, il est devenu un acteur incontournable du jeu politique au point d'obliger ses adversaires à composer avec lui, puis, en 1997, à le laisser gagner l'élection présidentielle. Mais, déjà, l'exemple libérien avait fait des émules «un pays plus loin», en Sierra Leone. A cette époque, le chef de guerre Foday Sankoh, allié du précédent, tendait vers le même but avec les mêmes moyens (ses hommes se sont fait une spécialité de tirer au sort les mutilations qu'ils imposaient à leurs prisonniers: jambe ou bras, gauche ou droite).

Foday Sankoh a cependant échoué là où son maître a réussi: le pouvoir lui a échappé, suite, notamment, à l'intervention de soldats britanniques. Mais ses troupes, qui ont dû s'éloigner de la capitale sierra-léonaise, tiennent toujours des pans entiers de l'arrière pays et ce sont certaines d'entre elles, apparemment mêlées à des éléments locaux, qui ont porté la guerre en Guinée. C'en est trop pour les Etats-Unis qui espéraient que Charles Taylor, une fois au pouvoir, s'assagirait et saurait contenir ses alliés: très déçu, Washington a entrepris d'aider l'armée guinéenne.