La Toile francophone

La Guinée mise au ban

Après les massacres du 28 septembre, la communauté internationale a tardé à réagir. Les positions, désormais, se durcissent.

La pression, soudain, s’est fortement accrue sur la junte guinéenne. Quelques semaines après les massacres ayant suivi la manifestation du 28 septembre, les appels au départ des militaires se multiplient.

La tension est montée d’un cran lundi, avec la prise de position des membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). RFI la traduit ainsi: «En termes décodés, le Groupe de contact demande le départ de la junte militaire et du gouvernement actuel. Il invite les différentes organisations à la mise en place d’une commission d’enquête internationale et incite tous les partenaires à préparer immédiatement des sanctions ciblées contre les auteurs des massacres du 28 septembre dernier. Il invite la CEDEAO à constituer une mission internationale d’observation et de protection. Le terme «force» n’est pas prononcé, mais le rôle assigné à cette mission est sans ambiguïté.»

Le site d’information sénégalais Rewmi.com ajoutait que «le Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G), à travers un communiqué que nous avons reçu, a fermement condamné les actes délibérés de brutalité, de viol de femmes et de massacre perpétrés par la junte lors des manifestations». La CEDEAO «a aussi exprimé sa grave préoccupation face aux informations concernant le trafic et la circulation illicite des armes en Guinée tout en recommandant à la Communauté internationale l’imposition d’un embargo total sur les armes à destination de la Guinée», note encore rewmi.com.

Evoquant des témoignages et détaillant les exigences des ONG, qui «vont lancer un appel pour que les victimes de viol bénéficient d’une aide médicale et psychologique» et «vont également inciter les femmes à poursuivre leurs bourreaux», le site Irinnews.org rappelle que «le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, a annoncé le 7 octobre la création d’une commission d’enquête nationale sur les événements du 28 septembre. Mais le projet a été rejeté par une coalition des partis politiques et d’organisations de la société civile, qui demandent une enquête internationale.»

Mercredi, c’était au tour du commissaire au développement de l’Union européenne, Karel de Gucht, d’affirmer que le chef de la junte guinéenne «doit rendre compte de ses actes devant un tribunal pour crime contre l’humanité», résumait RFI. «L’Union européenne réclame la tête de Dadis Camara», jugeait le portail allAfrica.com, qui relève: «Les temps sont durs pour Moussa Dadis Camara, pris en étau entre des opposants teigneux, qui refusent de s’asseoir à la même table de négociations que lui, et une communauté internationale qui n’est pas loin d’exiger sa tête.»

Mercredi également, les Etats-Unis ont demandé une enquête internationale sur les récents événements, et appelé à la démission du capitaine Camara. ««Nous faisons pression pour qu’apparaisse une meilleure gouvernance, pour que la corruption soit traitée. C’est notre objectif central aujourd’hui concernant la Guinée», a déclaré un porte-parole du département d’Etat de Washington» cité par France 24, qui indique encore que «l’Union africaine est déterminée à faire pression sur le chef de la junte».

Jeudi enfin, la Cour pénale internationale a annoncé avoir ouvert une enquête préliminaire.

Cette montée d’un cran dans les propos des gouvernements montre que la médiation, assurée par le président burkinabè Blaise Compaoré, semble laisser sceptique bon nombre de capitales. Le Sénégal veut y croire, relate son agence de presse, citant le ministre des Affaires étrangères, Madické Niang: «Sur la Guinée Conakry, nous sommes constants. Aujourd’hui, il y a une médiation qui a été décidée au niveau de l’Union africaine […], c’est la médiation du président Blaise Compaoré. Nous la soutenons. Nous la soutenons […]». L’agence raconte en outre que «le Sénégal souhaite que «la paix et la stabilité soient de mise en Guinée», a ajouté le ministre, soulignant que que ce pays «est un voisin immédiat avec qui nous avons des relations profondes».»

Peu après la désignation de Blaise Compaoré, l’AFP, citée par exemple par Le Point, faisait pourtant déjà état de doutes sur les chances de succès de cette démarche, selon un avis qualifié: «Pour le journaliste guinéen Mamadou Dian Baldé, directeur de publication de L’Indépendant et Le démocrate, la médiation sera «difficile pour ne pas dire impossible» car l’opposition exige «tout simplement le départ de Dadis».»

Certains ne s’embarrassent toutefois pas de considérations politiques. Plusieurs médias ont relayé l’annonce du ministre guinéen des mines, Mohamed Thiam, lequel affirme que la Chine voudrait investir entre sept et neuf milliards de dollars en Guinée, convoitant notamment ses réserves de bauxite.

«La Chine vole-t-elle au secours de la junte guinéenne?», s’interroge le Figaro, qui relève: «Pour la junte, au pouvoir depuis le coup d’État de fin décembre 2008, l’annonce de ce contrat est une véritable bouffée d’oxygène. Privé d’aide économique extérieure, mis au ban de la communauté internationale, le gouvernement militaire guinéen était vacillant.»

Chaque vendredi, une actualité de la francophonie dans «La Toile francophone», sur www.letemps.ch

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