Les putschistes, qui ont renversé le président guinéen, ont libéré mardi un premier groupe de dizaines d'opposants au régime déchu, arrêtés lors de la contestation de la réélection d'Alpha Condé pour un troisième mandat.

Un correspondant de l'Agence France Presse (AFP) a vu une vingtaine d’entre eux sortir de l’établissement pénitentiaire de Conakry, parmi lesquels les opposants Abdoulaye Bah et Etienne Soropogui, ou encore le vice-maire de Matam, une des communes de Conakry, Ismaël Condé. Ce dernier, transfuge du parti au pouvoir, a rejoint l’opposition quand le chef de l’Etat a entrepris de faire adopter une nouvelle Constitution et tiré argument de ce changement de loi fondamentale pour briguer un troisième mandat. Poursuivi pour avoir publié sur Facebook des propos laissant entendre que seules les armes pourraient faire partir Alpha Condé, il a été condamné en juillet à trois ans et quatre mois de prison ferme.

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Des libérations qui vont être accélérées

Au total, une liste de 79 détenus libérables a été approuvée à la suite de consultations entre les nouvelles autorités, l’administration pénitentiaire et les avocats des détenus, a-t-on appris auprès de ces derniers.

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), coalition de mouvements politiques et de la société civile qui a mené la contestation contre le troisième mandat, espérait initialement dès lundi la libération de ses membres emprisonnés.

Les militaires qui ont renversé dimanche Alpha Condé se sont engagés à accélérer la libération des «détenus politiques» de son régime. Ces libérations se sont déroulées sous la supervision des colonel Balla Samoura et Moussa Tiegboro Camara, tous deux membres de la nouvelle junte, selon les mêmes sources.

Les militaires ont également commencé mardi à démanteler les postes mixtes armée/gendarmerie/police installés sur les principaux axes de la capitale, notamment en banlieue, qui permettaient au régime Condé, selon ses détracteurs, de juguler les manifestations.

Une réunion de la Cédéao mercredi

Les militaires emmenés par le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, ont également insisté sur la prochaine ouverture d'une «concertation» nationale pour définir les modalités de la transition politique conduite par un futur gouvernement d'union nationale dans ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest aux importantes ressources minières.

La communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO), qui a condamné la prise de pouvoir et l'arrestation d'Alpha Condé dimanche, doit se réunir mercredi en sommet extraordinaire virtuel à partir de 16h00 pour discuter de la situation en Guinée.

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L'épilogue de plus de dix années de régime d'Alpha Condé en Guinée a suscité une large réprobation internationale, notamment de l'Union africaine (UA) qui a appelé à la «libération immédiate» d'Alpha  Condé et au «retour à l'ordre constitutionnel».