Droits de l’homme

En guise de testament, Zeid Ra’ad al-Hussein martèle l’universalité des droits de l’homme

Pour son dernier discours, à deux mois et demi de la fin de son mandat de haut-commissaire aux droits de l’homme, le Jordanien a fustigé la médiocrité des Etats membres qui ne défendent que leurs intérêts et mis en garde contre le nationalisme

La salle lui a réservé une standing ovation, mais avec des applaudissements plutôt modérés. Pour son discours testament, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Zeid Ra’ad al-Hussein a défendu avec conviction les Nations unies à un moment où les droits humains sont assaillis de toutes parts.

Se référant à un responsable onusien qui prétendait que les droits de l’homme ne sont pas universels et qu’ils ne sont que l’expression de «l’imagination occidentale», il a réfuté avec véhémence cette thèse, rappelant que les Nations unies elles-mêmes étaient l’expression de cet universalisme et que la Déclaration universelle des droits de l’homme est «le document le plus traduit dans le monde». Si des Etats sont aussi critiques du manque d’universalité de l’ONU et des droits fondamentaux, «pourquoi ne se sont-ils pas retirés des Nations unies»?

A lire: Gros enjeux autour de la succession de Zeid Ra’ad al-Hussein

Zeid Ra’ad al-Hussein a aussi voulu démonter un mythe: L’ONU n’est que le reflet de ce qui se passe sur la scène internationale. Elle peut être tantôt grande, tantôt pathétique. «J’ai compris que notre mémoire est faible, que pour certaines personnes l’Histoire n’importe que si elle peut être utilisée à des fins politiques. Ces gens ne la voient pas comme un service rendu à une meilleure compréhension de l’humanité.»

Nationalisme et chauvinisme, forces «destructrices»

Le haut-commissaire aux droits de l’homme a mis en garde contre les démons du passé, le nationalisme et le chauvinisme, des «forces parmi les plus destructrices» qui menacent le monde et auxquels recourent des leaders «impitoyables». Il a interpellé les représentants des Etats membres, se demandant pourquoi l’ONU restait aussi «silencieuse» face au retour du nationalisme. Car pour lui, ce n’est qu’en s’opposant au nationalisme que la paix est possible.

Il a adressé une critique au vitriol à l’encontre de ces «nombreux gouvernements» qui se battent pour leurs intérêts étroits, exploitant ce qu’ils peuvent retirer de l’ONU politiquement sans toutefois investir quoi que ce soit pour en assurer le succès. «La voix collective de l’ONU doit être forte et basée sur des principes et non faible et larmoyante.» Le Jordanien, dont le mandat arrive à terme à la fin août, tire la sonnette d’alarme: «Près de 40 Etats n’ont eu la visite d’aucun rapporteur spécial au cours des cinq dernières années malgré des requêtes.»

Dans un long discours, Zeid Ra’ad al-Hussein s’est dit très inquiet au sujet d’un projet de loi présenté au parlement hongrois le mois dernier qui «criminaliserait la surveillance des droits de l’homme aux frontières et à l’intérieur du territoire national». Il a fustigé aussi la politique récemment mise en œuvre par l’administration de Donald Trump qui a mené à la séparation de quelque 2000 enfants de leurs parents à la frontière américaine alors qu’ils fuyaient les violences d’Amérique centrale. «L’Association américaine de pédiatrie, a-t-il déclaré, a estimé que cette pratique cruelle d’abus autorisés par les autorités américaines peut causer des dégâts irréparables et des conséquences à vie» pour ces enfants.

Publicité