Salman Rushdie a été violemment agressé vendredi alors qu’il s’apprêtait à donner une conférence dans l’Etat de New York. Poignardé une dizaine de fois au cou et à l’abdomen, l’auteur des «Versets sataniques» a vu son état de santé s’améliorer ont indiqué ses proches.

L’écrivain prolifique était visé par une fatwa de la part de l’ayatollah Khomeiny dans les années 1980. Les regards se sont tournés ces derniers ces derniers jours vers Téhéran, qui a pris un certain temps à réagir. Finalement, après trois jours de silence, l’Iran a nié toute implication dans l’attaque perpétrée aux Etats-Unis alors que plusieurs médias conservateurs iraniens se félicitaient du sort de Salman Rushdie et portaient aux nues Hadi Matar pour son geste.

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Quelques jours après l'attaque, la question persistait: Hadi Matar a-t-il agi comme un loup solitaire, hors de l’influence iranienne? «S’il est vrai que Hadi Matar a poignardé le romancier Salman Rushdie à New York sans avoir été mandaté pour le faire et sans avoir de lien organisationnel avec les auteurs de la fatwa émise par Rouhollah Khomeyni en 1989, alors nous devons nous demander si le «loup solitaire» chiite est né», écrit le site libanais Daraj, cité par le Courrier international.

Depuis vendredi les médias américains se penchent sur l’identité, et la personnalité de l’assaillant, Hadi Matar, 24 ans et cherchent à comprendre ce qui a animé son acte. Ce dernier, arrêté puis inculpé pour tentative de meurtre, a plaidé non coupable.

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«Sa page Facebook regorgeait de références aux Gardiens de la révolution, le groupe paramilitaire répondant directement au chef de l’Etat iranien; ainsi qu’à d’autres figures incontournables de la Révolution islamique, dont l’ayatollah Khomeyni», détaille le Courrier international. Hadi Matar a été jusqu’à se fabriquer un permis de conduire au nom de Hassan Mughniyah, «une référence directe à Imad Mughniyeh, cofondateur du parti politique et paramilitaire chiite Hezbollah, tué en 2008 à Damas et accusé de nombreuses attaques terroristes».

Ses parents sont libanais, originaires de Yaroun, une localité du sud du Liban, fief du Hezbollah pro-iranien. Ils ont habité aux États-Unis durant une trentaine d’années et n’avaient plus de proches dans leur pays d’origine, selon le président du conseil municipal de la ville, cité par l’Orient-Le Jour. Le journal libanais a contacté des responsables du Hezbollah. Tous ont refusé de commenter l’affaire. «Nous ne savons rien sur lui, nous attendons d’avoir davantage d’informations pour commenter cette question», a réagi l’un d’eux.

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Son père, Hassan Matar, est revenu à Yaroun après avoir divorcé en 2004. Mais c’est du côté de la mère, Silvana Fardos, que le Daily Mail a obtenu des informations sur le parcours d’Hadi Matar. Le jeune homme vivait avec elle et ses sœurs à Fairview, dans l’Etat du New Jersey. Un voyage aurait changé son fils: Hadi Matar se serait rendu au Liban en 2018 pour rendre visite à son père.

«Je m’attendais à ce qu’il revienne motivé, qu’il termine ses études, qu’il obtienne son diplôme et décroche un emploi. Mais au lieu de cela, il s’est enfermé dans sa chambre en sous-sol. Il avait beaucoup changé, il ne nous a rien dit, à moi ou à ses sœurs, pendant des mois», a-t-elle détaillé.

«Une fois, il s’est disputé avec moi et m’a demandé pourquoi je l’avais encouragé à faire des études plutôt qu’à se concentrer sur la religion», a ajouté Silvana Fardos, assistante d’éducation de 46 ans, également interprète arabe-anglais dans un lycée. Elle s’est dite «désolée pour M. Rushdie», dont elle ignorait tout avant cette attaque. Et a jugé que son fils était «responsable de ses actes».

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