Dans le cimetière de Port-au-Prince, ville intérieure aux caveaux défoncés et aux âmes errantes, il existe une petite stèle terreuse sur laquelle un nom presque illisible est gravé à la main. Il s’agit du mémorial à Jean-Jacques Dessalines, père de la nation haïtienne assassiné en 1806, deux ans seulement après que ce pays né de la traite esclavagiste et de la plantation coloniale a conquis son indépendance sur la première armée du monde, celle de la France. A l’époque déjà, des forces contradictoires laminaient les espoirs de consensus. Ce qui s’est passé dans la nuit de mardi – que des sicaires à la solde d’on-ne-sait-qui liquident le président dans sa résidence – procède d’une incapacité historique à construire sur ce territoire plus petit que la Suisse un Etat crédible.