Le Hamas accepte le retour du Fatah à Gaza

Proche-Orient Les deux parties sont parvenues à un accord au Caire

L’Autorité palestinienne redevient l’interlocuteur unique

Dans le plus grand secret, le Hamas de Gaza et l’Autorité palestinienne (Cisjordanie) ont négocié au Caire un accord en neuf points prévoyant que l’AP remettra officiellement les pieds dans l’enclave plus de sept ans après en avoir été expulsée par le putsch de l’organisation islamiste, en juin 2007.

L’accord est «applicable immédiatement». Il constitue une étape importante dans le processus de réconciliation entre les factions antagonistes, qui avait débuté en juin dernier par la création d’un gouvernement d’union nationale.

Concrètement, 3000 hommes des services de sécurité de l’AP, dont certains auront préalablement été formés par l’Egypte, seront déployés dans la bande de Gaza. Ils y assureront les contrôles du côté palestinien des points de passage avec Israël et l’Egypte. En outre, le gouvernement d’union nationale, donc l’AP, prendra en charge la gestion de l’enclave. Ce qui signifie que le «gouvernement» du Hamas disparaîtra au profit de celui siégeant à Ramallah, mais dont plusieurs membres auront leur cabinet à Gaza.

Conséquence de cet accord surprise? L’AP redeviendra le seul interlocuteur palestinien face à la communauté internationale. Et face aux donateurs qui se réuniront le 12 octobre pour financer la reconstruction de l’enclave pour un montant estimé à 8 milliards de dollars. En outre, à en croire les porte-parole de la délégation palestinienne au Caire, l’AP prendra en charge le paiement des 40 000 fonctionnaires nommés par le Hamas de Gaza après le putsch de 2007, et qui ne percevaient plus de traitement depuis plusieurs mois. Ceux-ci s’ajouteront aux 70 000 fonctionnaires de l’AP recensés à Gaza qui ont, eux, toujours été payés alors que le Hamas leur interdisait de se rendre sur leur lieu de travail.

Enfin, jusqu’à présent désunis dans les négociations indirectes avec Israël en vue de la conclusion d’un cessez-le-feu permanent à Gaza, les Palestiniens pourront envisager l’élaboration d’une stratégie commune. Ce qui devrait leur profiter, puisque les dirigeants israéliens seront quelque peu rassurés par la présence des services de sécurité de l’AP du côté palestinien des points de passage avec leur pays.

«Bien sûr, les contrôles resteront pointilleux, explique le chroniqueur militaire Allon Ben David. Cependant, avec la seule présence des gens du Hamas aux points de passage, aucune concession israélienne n’était envisageable. Le seul dialogue possible était celui des armes. Mais lorsque les gens de l’AP prendront leur place, la situation changera du tout au tout puisqu’on sait à Jérusalem que Mahmoud Abbas est opposé à la violence. En fait, si un mécanisme de contrôle international des produits pénétrant dans la bande de Gaza est mis en place en plus de la présence des hommes de l’AP, Israël n’aura aucune raison de ne pas faire de geste.» Il se dit d’ailleurs dans l’entourage du premier ministre Benyamin Netanyahou qu’il en fera.

L’accord du Caire représente une victoire pour Mahmoud Abbas. Parce qu’il étend son autorité à une partie de la Palestine qu’il ne contrôlait plus depuis sept ans, mais également parce que le Hamas endosse son plan prévoyant la création d’un Etat palestinien dans les lignes qui prévalaient avant la guerre des Six-Jours (juin 1967). Ce qui signifie qu’il renonce de facto à ses prétentions de détruire l’Etat hébreu.

Certes, depuis la fin de la guerre de l’été, les sondages effectués dans les territoires palestiniens montrent que la popularité du Hamas est au plus haut. Mais sur le terrain, l’organisation islamiste est mal en point. Une partie de son infrastructure militaire a été détruite par les bombardements israéliens et ses sources de financement se sont asséchées en raison, entre autres, de la destruction de la plupart de ses tunnels de contrebande par l’Egypte. Voilà pourquoi elle n’a pas pu faire autrement que d’accepter le retour de l’AP – donc du Fatah – à Gaza.

A Ramallah, l’entourage du président de l’AP promet en tout cas que celui-ci se rendra bientôt dans l’enclave. Un déplacement prévu depuis de longs mois et reporté en raison des tensions passées avec le Hamas puis avec Israël.

Actuellement à New York où il s’est exprimé vendredi devant l’Assemblée générale de l’ONU, Mahmoud Abbas, qui voit sa position renforcée du fait de l’accord du Caire, a demandé à la communauté internationale, lors de son discours d’une demi-heure, de fixer une date limite pour l’évacuation des territoires occupés par Israël, ainsi que pour la création d’un Etat palestinien indépendant.

A l’ONU, Mahmoud Abbas a demandé de fixer une date limite pour l’évacuation des territoires occupés