Le président Mahmoud Abbas a salué comme «un pas positif» la décision stratégique du Hamas de participer aux élections législatives palestiniennes prévues le 17 juillet prochain. Annoncée samedi, cette décision «historique» risque en effet de modifier le paysage politique palestinien presque entièrement occupé depuis dix ans par le Fatah (le parti de Yasser Arafat et d'Abbas). Mais elle implique également la mise en veilleuse des activités militaires des Brigades Ezzedine el-Qassem, la branche armée de ce parti qui a revendiqué la plupart des attentat suicides à l'intérieur de l'Etat hébreu à partir du déclenchement de la deuxième Intifada.

«D'ici à juillet prochain, le mouvement va sans doute changer de visage afin d'adapter son discours et ses actions à sa nouvelle stratégie», affirme le député palestinien indépendant Imad al-Faloudji (proche des islamistes). Désormais, on verra moins les militants cagoulés et armés mais sans doute plus les cadres du mouvement en costume et cravate.»

Né en décembre 1987 à Gaza-City afin de combattre l'occupation israélienne, le Hamas est la branche palestinienne de la confrérie des Frères musulmans. Outre son appareil militaire, il contrôle plusieurs fondations caritatives concurrençant directement les services d'aide sociale de l'Autorité palestinienne (AP). Grâce à des dons venus de pays arabes, de communautés musulmanes européennes, mais également d'organisations arabes israéliennes, ces associations distribuent quotidiennement des tonnes de vivres et de vêtements ainsi que de l'argent aux familles des «martyrs».

Propres et biens entretenues, les écoles supervisées par le Hamas offrent les fournitures scolaires et distribuent des repas chauds gratuits aux élèves. Quant aux dispensaires de l'organisation, il soignent gratuitement à toute heure du jour et de la nuit.

Hostile aux Accords de paix d'Oslo (1993), le Hamas s'est toujours méfié de l'AP créé quelques mois plus tard. Malgré sa forte implantation dans la population (il contrôle également la plus grande université de la bande de Gaza), il a d'ailleurs toujours refusé de s'impliquer dans la vie politique locale autrement qu'en manifestant contre la politique de Yasser Arafat. Sous l'impulsion du cheikh Ahmed Yassine (son leader spirituel «liquidé» en 2003 par Israël), le Hamas a d'ailleurs boycotté l'élection présidentielle de 1996 remportée par Arafat. Plus tard, les successeurs du cheikh ont suivi la même ligne en refusant de participer au scrutin présidentiel du 9 janvier dernier dont Mahmoud Abbas est sorti grand vainqueur.

Cependant, plus proches des aspirations de la rue palestinienne que leurs homologues du Fatah, les responsables de l'organisation islamiste ont compris que la population des territoires est fatiguée de la violence. Mais ils sentent aussi qu'elle aspire au renouvellement du personnel politique omniprésent depuis plus de dix ans. En décembre et en janvier derniers, une série d'élections municipales organisées dans une centaine de villages de Cisjordanie ainsi que dans la bande de Gaza les a d'ailleurs confortés dans cette impression puisque la plupart des candidats affiliés au Hamas ou soutenus par lui ont été triomphalement élus.

Désaffection pour le Fatah

Depuis lors, même si la population des territoires continue de manifester son soutien à Abbas, les sondages publiés à Ramallah confirment l'engouement de l'électorat pour l'organisation islamiste ainsi que sa désaffection pour le Fatah. Après avoir joué la carte de la lutte à outrance contre l'«ennemi sioniste», le Hamas participe donc désormais à tous les mouvements sociaux ainsi qu'aux manifestations de chômeurs. Il multiplie également les campagnes contre l'AP en accusant ses représentants d'être «corrompus, inefficaces et incompétents».

Vendredi à Gaza-City, le leader du Hamas Mahmoud A-Zahar était ainsi à la tête des 2500 chômeurs qui ont investi la «Soulta» (le siège officiel de l'AP) en scandant «voleurs, voleurs». Dimanche, des cadres de l'organisation accompagnaient également les centaines d'étudiants islamistes qui ont repris manu militari le contrôle de l'université de Hébron aux militants du Fatah (huit blessés). La bataille a duré plusieurs heures et les armes n'ont pas été sorties, mais les chroniqueurs palestiniens sont persuadés que la campagne pour les élections législatives du 17 juillet est commencée et que la tension va s'accentuer dangereusement entre les deux partis concurrents.