L’affiche mesure deux mètres sur dix: «Nous souhaitons à tous un sommet pacifique!» a écrit en anglais la maison de retraite Elisabeth. Si le directeur de l’établissement a décidé de masquer une partie de sa façade de briques et de colonnades du XVIIIe siècle, ce n’est pas dû à un soudain élan politique. Hans-Jürgen Wilhelm a tout simplement peur pour ses 174 pensionnaires. Son établissement se trouve à moins d’un kilomètre du centre des congrès où se tiendra vendredi et samedi le sommet du G20, le groupe des pays les plus puissants de la planète, en plein cœur de Hambourg. A 500 mètres vers l’ouest se trouve le centre culturel alternatif Rote Flora, un ancien théâtre transformé en squat en 1989, haut lieu du mouvement autonome hambourgeois. C’est de là qu’est organisé l’essentiel du mouvement de résistance contre le G20. La maison de retraite Elisabeth, avec sa façade pompeuse, pourrait être prise par des activistes étrangers pour un symbole du capitalisme haï.

L’Allemagne exerce cette année la présidence tournante du G20, et Angela Merkel a choisi sa ville natale pour y recevoir les 35 délégations du sommet. Le choix de la capitale du nord de l’Allemagne pose un défi logistique et sécuritaire considérable. «Il nous faut gérer le grand écart entre assurer la sécurité des participants et respecter l’article 8 de la Constitution qui garantit la liberté de manifester», résume le porte-parole de la police de Hambourg, Timo Zill.

Quasi-état d'urgence

Trente manifestations sont annoncées pendant la durée du sommet. L’un des principaux regroupements, organisé par l’extrême gauche et baptisé «Bienvenue en enfer», est prévu jeudi soir. Samedi, un grand rassemblement pourrait compter jusqu’à 150 000 manifestants à l’appel des ONG, des syndicats et des églises. Hambourg redoute surtout les échauffourées de l’extrême gauche – 7000 à 8000 militants sont attendus dans la ville – mais également des heurts entre Kurdes et Turcs liés à la venue du président Erdogan, sans oublier la menace du terrorisme islamiste.

Les commerces des zones exposées aux manifestations d’extrême gauche font poser plaques de bois ou de polystyrène sur leur devanture

A la veille du sommet, la ville se prépare à un quasi-état d’urgence. Nombre d’entreprises situées dans les périmètres de sécurité ont demandé à leurs salariés de rester chez eux jeudi et vendredi. La plupart des magasins du centre-ville comptent fermer vendredi et samedi. S’attendant à des jets de pierre, les commerces des zones exposées aux manifestations d’extrême gauche font poser plaques de bois ou de polystyrène sur leur devanture.

Plus rien ne fonctionnera normalement à Hambourg ce week-end. La police a défini une trentaine de corridors d’accès, tenus secrets, menant de l’aéroport au centre des congrès, du centre des congrès vers la Philharmonie (où Angela Merkel invite les participants vendredi soir) ou les différents hôtels où logeront les hôtes de l’Allemagne… Toutes ces routes doivent pouvoir être empruntées à n’importe quel moment sans se heurter à un ralentissement, un sit-in ou une manifestation spontanée.

A la différence d’un G7 ou d’un G8, le G20 demande la logistique d’une grande ville

Steffen Seibert, porte-parole du gouvernement allemand

Pour assurer la sécurité du G20, un dispositif hors norme a été mis sur pied. 20 000 policiers et 150 chiens de police venus de toute l’Allemagne seront déployés à Hambourg. Un foyer d’accueil des réfugiés, situé sur l’autre rive de l’Elbe, a été transformé en prison de haute sécurité pouvant accueillir jusqu’à 400 personnes. Une équipe de neuf magistrats installée à proximité pourra prononcer des peines sur le champ.

Hambourg, ville symbole

Mais pourquoi donc le choix de Hambourg? «A la différence d’un G7 ou d’un G8, le G20 demande la logistique d’une grande ville, souligne le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert. Il faut pouvoir loger et offrir un espace de travail à quelque 10 000 invités. En Allemagne, seules Hambourg, Munich ou Berlin offrent de telles possibilités.» Hambourg, qui a inscrit «la cohabitation avec le monde» à sa Constitution régionale, serait en outre – avec sa gigantesque zone portuaire – un symbole de ce libre-échange dont a besoin la nation exportatrice qu’est l’Allemagne.

Mais Hambourg est aussi traditionnellement un des hauts lieux de l’activisme d’extrême gauche dans le pays. La ville compte quelque 1000 militants, dont 600 à 700 seraient prêts à recourir à la violence. Organiser le G20 sous les fenêtres de leur point de ralliement, le centre culturel Rote Flora, est perçu comme une véritable provocation par les autonomes. Les heurts avec les forces de l’ordre ont commencé dès le début de la semaine, en différents points de la ville. La police est intervenue à plusieurs reprises avec des jets d’eau et des gaz irritants pour disperser plusieurs tentatives de planter tentes, douches et cuisines de campagne dans différents parcs de la ville.