On n’avait pas eu la moindre nouvelle de lui depuis le début du soulèvement libyen. Hannibal Kadhafi, dont l’arrestation à Genève il y a trois ans avait été le prélude d’une sévère crise diplomatique avec Tripoli, a refait surface lundi. Le Ministère algérien des affaires étrangères a confirmé qu’Hannibal, son frère Mohamed, donné pour arrêté puis évadé, leur sœur Aïcha et leur mère Safia étaient entrés en Algérie hier à 8h45. L’agence italienne Ansa croyait, pour sa part, savoir que Mouammar Kadhafi, ses fils Saïf al-Islam et Saadi se trouveraient à Bani Walid, à environ 100 km de Tripoli. Les rebelles ont indiqué qu’ils allaient «demander à Alger de ramener» les membres de la famille Kadhafi.

Luxe et horreur

Par ailleurs, la chaîne américaine CNN a réalisé un reportage dimanche dans la résidence tripolitaine d’Hannibal, qui illustre crûment la cruauté dont est capable le fils Kadhafi. Sa maison luxueuse dispose d’un accès sur la mer. On y trouve un piano à queue blanc immaculé et des vins fameux en abondance. Mais en marge de ce luxe tapageur, dans une chambre, le reporter a fait une découverte édifiante: Shweyga Mullah, 30 ans, la nounou des deux petits enfants d’Aline et Hannibal, est allongée, le corps brûlé.

La jeune femme qui se dit d’origine éthiopienne raconte avoir été punie par la mère des enfants qui ne supportait plus leurs pleurs. «Elle m’a emmenée dans la salle de bains, m’a attaché les pieds, les mains, et m’a collé du scotch sur la bouche. Ensuite elle a versé sur moi de l’eau bouillante.» Trois mois après les faits qu’elle relate, son visage est encore horriblement tuméfié, et ses nombreuses plaies n’ont pas cicatrisé. Elle ajoute n’avoir jamais reçu de salaire. Le journaliste a eu confirmation du récit terrifiant de la femme auprès d’autres employés de la maison – l’un d’entre eux affirme avoir régulièrement reçu des coups de couteau. «Les chiens étaient bien mieux traités que nous.»