Le théologien suisse Hans Küng, qui vit et travaille à Tübingen en Allemagne, exige que le pape fasse un «mea culpa» à propos des abus sexuels commis par des membres du clergé sur des mineurs. Dans une tribune publiée mercredi par le quotidien Süddeutsche Zeitung, il accuse Benoît XVI, qui fut autrefois son collègue, d’avoir dissimulé les scandales, notamment dans ses fonctions d’archevêque de Munich, de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) et de pape. «La décence exigerait que l’homme qui, depuis des dizaines d’années, est le principal responsable de cette dissimulation au niveau mondial, en l’occurrence Joseph Ratzinger, fasse son propre mea culpa», écrit-il.

«Aucun autre homme dans l’Eglise n’a vu comme lui passer autant de cas d’abus sexuels sur son bureau», ajoute Hans Küng. Joseph Ratzinger a été préfet de la CDF pendant vingt-quatre ans. «Là, les délits sexuels des clercs du monde entier ont été et sont rassemblés et traités dans le plus grand secret», écrit-il. Puis, en cinq ans de pontificat, Ratzinger n’a rien changé à cette «pratique funeste», selon le théologien, qui s’en prend également à l’épiscopat allemand: «Les évêques ne devraient-ils pas, au lieu de demander seulement pardon aux victimes, reconnaître également leur complicité? Pendant des décennies, ils ont tabouisé la question du célibat et caché les affaires d’abus en maintenant autour de celles-ci le secret le plus strict ainsi qu’en favorisant les déplacements (ndlr: de prêtres). La protection de leurs prêtres semble avoir été plus importante pour les évêques que la protection des enfants.»

Dans le quotidien Rhein Zeitung, Stephan Ackermann, l’évêque chargé d’enquêter sur les abus commis par des membres du clergé allemand, concède qu’«il y a eu dissimulation» au sein de l’Eglise. «Là où il n’y a pas eu de véritable volonté d’éclaircissement, et où des coupables ont simplement été déplacés, nous devons admettre qu’il y a eu dissimulation dans toute une série de cas.» «Au cours des discussions de ces derniers jours, poursuit-il, j’ai appris que nous portions trop d’attention à la protection des coupables.»

L’avis d’Angela Merkel

Une personne est cependant venue hier au secours de l’Eglise catholique. La chancelière allemande Angela Merkel a souligné lors d’un débat au Bundestag à Berlin que la pédophilie était un problème qui concernait de nombreux secteurs de la société, et pas seulement l’Eglise catholique. Inutile, dès lors, «de viser un seul groupe», selon elle.