Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Un projet de loi devrait proposer de créer un délit de «harcèlement de rue». Cette idée émane d’un rapport parlementaire présenté cette semaine à la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.
© BENOIT TESSIER7Reuters

Délit

Le harcèlement, ce mal français bientôt pénalisé

Un projet de loi contre les violences sexuelles sera présenté fin mars en France. Un délit de harcèlement puni par une amende pourrait être créé

L’onde de choc engendrée par la campagne de mobilisation contre les violences faites aux femmes devrait bientôt se traduire dans la législation française. A la fin mars, un projet de loi devrait proposer de créer un délit de «harcèlement de rue», punissable d’une amende de 90 euros.

Cette idée émane d’un rapport parlementaire présenté cette semaine à la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, très en pointe sur ces questions depuis les révélations sur le producteur hollywoodien Harvey Weinstein et le vif débat qui a suivi dans l’Hexagone. Les députés auteurs de ce texte espèrent ainsi faire diminuer «les propos, comportements ou pressions à caractère sexuel» dont de nombreuses femmes françaises affirment être victimes.

Nécessité de «flagrance»

La création d’un tel interdit pose bien sûr la question de l’application concrète de cette future contravention, si elle est entérinée. La verbalisation ne pourrait a priori avoir lieu qu’en «flagrance». Mais que devront faire les femmes harcelées dans la rue pour déclencher la procédure conduisant à l’amende de 90 euros pour leurs agresseurs? «Le rapport évoque une réalité: celle du harcèlement que nous sommes nombreuses à subir, explique Jade, une employée d’une organisation humanitaire parisienne. Mais que devrais-je faire pour que mon harceleur soit puni? Le prendre en photo au risque de me faire molester? Lui demander son nom et son adresse?»

Une question à laquelle Elise Fajgeles, députée LREM (majorité présidentielle) et coauteure du rapport, a répondu sur RTL, plaçant l’enjeu au niveau des principes: «Nous avons prévu la création de cette infraction comme une mesure pour avancer dans l’égalité femme-homme mais aussi comme une mesure de sécurité publique […] pour permettre cet espace public apaisé et égalitaire.»

Définir le terme

En octobre dernier, en pleine tourmente Harvey Weinstein, un sondage Odoxa avait révélé que 53% des femmes françaises ont été harcelées sexuellement au moins une fois dans leur vie. Selon une autre étude, publiée ces jours-ci par l’Ifop, une Française sur trois a par ailleurs déjà été agressée sexuellement sur son lieu de travail. Et dans la rue, la réalité dépasse bien souvent le constat énoncé dans le rapport parlementaire. «La difficulté est de savoir de quoi on parle, poursuit Jade, habituée à marcher seule dans les rues de Paris et de la banlieue. On se fait siffler. On se prend des remarques sexistes. Mais le plus compliqué à gérer, ce sont les guets-apens, genre le type qui vous demande une direction, puis sollicite dans la foulée votre numéro de téléphone portable et se fâche si vous ne le lui donnez pas.»

D’après le sondage Ifop pour France Info, 24% des femmes interrogées ont répondu avoir subi des «contacts physiques légers» et 13% des attouchements sur une zone génitale ou érogène (main aux fesses, étreinte forcée, baiser volé…).

Le temps est à l'action

La question des rapports hommes-femmes s’est installée depuis plusieurs semaines au cœur du débat intellectuel et politique français, notamment après les premières dénonciations au collectif #balancetonporc et suite à la colère provoquée par la tribune sur «la liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle» signée dans Le Monde par une centaine de femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve. Ce thème polémique sera aussi à l’honneur ce samedi lors de la cérémonie des Césars du cinéma français, durant laquelle de nombreuses participantes arboreront un ruban blanc en signe de solidarité. Un ruban pour briser le silence qui a trop longtemps entouré ce sujet. Selon plusieurs collectifs de défense des victimes, les statistiques des dénonciations d’agressions sexuelles sont à la fin 2017 en hausse de 30% par rapport à l’hiver 2016.

«Nous sommes inquiètes: mal accompagnées, les femmes sont vulnérables face à la justice. Il est temps d’agir», avertit un nouvel appel publié mercredi par Libération. Selon le quotidien, la ligne rouge du collectif féministe contre le viol aurait reçu plus de 8000 appels en 2017. Terrible coïncidence de calendrier: ce nouvel appel a été rendu public au moment où la police annonçait l’arrestation, à Pont-sur-Sambre (Nord), d’un violeur en série présumé, accusé d’avoir commis une quarantaine d’agressions sexuelles en France et en Belgique.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a