«Denis #Baupin serait donc au féminisme ce que Cahuzac était à la lutte contre l’évasion fiscale.» C’est ainsi que Marion Maréchal-Le Pen résume l’affaire qui secoue la France depuis lundi matin, suite aux révélations de Mediapart et de France Inter. Selon ces deux médias, le député écologiste Denis Baupin se serait rendu coupable entre 1998 et 2014, de harcèlement sexuel sur huit de ses collègues, des élues ou des membres d’Europe Ecologie les Verts (EELV). Depuis, tout en niant les faits et portant plainte pour diffamation, Didier Baupin a démissionné de son poste de vice-président à l’Assemblée nationale et le Parquet a ouvert une enquête préliminaire.

Le tweet de la petite dernière du FN a été un des plus partagés, lundi. La comparaison avec Jérôme Cahuzac est habile. Comme pour l’ancien ministre des Finances, surnommé Pinocchio, le pire réside moins dans les délits reprochés que dans la manière de les cacher, de mentir ou de se sentir au-dessus des lois qu’on promulgue. C’est la tartufferie qu’épinglent en priorité les réseaux sociaux. De nombreux tweets rappellent en effet cette photo prise le 8 mars, où plusieurs députés portent du rouge à lèvres pour lutter contre la violence faite aux femmes. Didier Baupin est le deuxième à gauche sur la photo. C’est cette image qui a déclenché le besoin chez Sandrine Rousseau, porte-parole de EELV, de révéler qui était vraiment «cet ami» des femmes: «Quand j’ai vu la photo, je suis allé vomir» a-t-elle déclaré.

Les réseaux n’oublient jamais

Comme l’Elysée a annoncé que «cette affaire ne la concernait pas» et que Matignon ne veut pas interférer sur «des affaires privées», la twittosphère a eu champ libre pour commenter ce nouveau scandale. Sous les hashtags #baupingate ou #denisbaupin, on y trouve de tout, même de l’humour arboricole - Baupin, Sapin, Tron, il ne fait pas bon se promener dans la forêt. Pour les uns, c’est un lieu de lynchage: «Désincarnation, effet de meute, vulgarité décomplexée, muflerie: #BaupinGate, ce que les réseaux savent faire de pire» écrit h2brgrd, avocat-engagé. Pour d’autres, c’est au contraire un espace de paroles, de débat là où le silence règne, et un miroir de la société civile. Mais surtout, les réseaux sociaux n’oublient jamais.

C’est ainsi qu’on a vu remonter très rapidement une série de tweets écrits par Denis Baupin, dont la lecture change depuis l’éclatement de l’affaire. Deux en particulier ont fait le tour de la Toile. Dans le premier, il se dit «fier» d’avoir fait voter une loi contre le harcèlement sexuel en 2012; dans le second, il revient sur l’affaire DSK en plaisantant, «avec lui au moins, les bourses n’étaient jamais en berne». Parce qu’évidemment l’affaire Baupin rappelle l’affaire DSK, avec cette même litanie: tout le monde savait. D’où la récurrence de deux mots sur Twitter: «omerta» et «tabou».

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Sa femme savait-elle?

Une question revient sans cesse: pourquoi les femmes n’ont-elles rien dit? Parce que dans 40% des cas, la résolution du conflit se solde au détriment de la plaignante, explique Mathilde Robert, élève-avocate qui a posté sur Twitter une série de documents sur le harcèlement sexuel et ses conséquences en France. Parce qu'«en politique, on a besoin d’être fortes et pas d’être regardées comme des victimes», explique Clémentine Autain du Front de gauche. Parce qu’il ne faut pas entacher l’image d’un parti qui a fait du féminisme et de la parité ses causes majeures. Parce que la France ne prend toujours pas au sérieux ce délit considéré comme une séduction maladroite. Parce que la classe politique dans son ensemble est complice. Voilà ce qu’on pouvait lire sur les réseaux sociaux.

Autre interrogation: Emmanuelle Cosse, ministre du logement, ancienne présidente de EELV et épouse de Denis Baupin savait-elle? Pire, l’a-t-elle couvert comme le suggère un dépité Vert?

Si les réseaux sociaux ne sont pas tendres avec le supposé harceleur, ils ne le sont pas davantage avec la ministre, souvent attaquée sur son opportunisme politique mais surtout sur son physique. Même s’ils dénoncent l’omerta du monde politique et jouent les justiciers, les réseaux sociaux n’évitent ni le sexisme bien lourd ni la misogynie ordinaire, à l’image du député LR Pierre Lellouche qui, pensant prendre de la hauteur, n’a pas voulu commenter «des histoires de bonnes femmes».