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Le député écologiste de Paris Denis Baupin à l'Assemblée nationale, à Paris, le 9 mai 2016.
© MARTIN BUREAU

France

Harcèlement sexuel et politique, le mal français

Le nouveau scandale autour des agissements présumés du député écologiste Denis Baupin relance les accusations sur la loi du silence qui prévaut

«Tout le monde savait»: c’est à nouveau le refrain que beaucoup d’élus ou de leurs collaborateurs entonnent, à Paris, depuis les révélations lundi de Mediapart et de France Inter sur le harcèlement sexuel dont se serait rendu coupable, à plusieurs reprises, le député écologiste de Paris Denis Baupin.

Selon ces deux médias, plusieurs femmes, dont l’une des porte-parole d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) Sandrine Rousseau et la députée du Calvados Isabelle Attard, auraient été lourdement harassées par celui qui, à la ville, est l’époux de la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, ancienne présidente du parti écologiste, entrée au gouvernement français en février.

Des écarts de conduite pour la plupart prescrits (vieux de plus de trois ans), mais dont la fréquence et les modalités tendent à prouver que ce comportement ne pouvait être ignoré. Tout en niant les faits et en menaçant de poursuites ses accusateurs, Denis Baupin a démissionné dans la foulée de son poste de vice-président de l’Assemblée nationale, qu’il occupait depuis juin 2012.

Règlement de compte et loi du silence

S’il s’avère que sa formation politique connaissait ses écarts de conduite et les a sciemment cachés, l’affaire «Baupin» pourrait devenir une bombe difficile à gérer pour l’actuelle majorité formée par l’alliance des socialistes et d’une partie des Verts. Denis Baupin avait d’ailleurs quitté en avril le parti EELV pour divergence sur les «choix stratégiques» après l’accession de son épouse à un portefeuille ministériel.

«Derrière le «Tout le monde savait» se cache deux réalités qui promettent de faire très mal à la classe politique française déjà discréditée, explique l’une des signataires de l’appel des femmes journalistes contre le sexisme, lancé en mars 2015 à la suite d’écarts de conduite d’élus. La première est la possible utilisation du harcèlement sexuel comme instrument de règlement de compte au sein des Verts, aujourd’hui minés par les dissensions. La seconde est la loi du silence qui a prévalu jusque-là.» Le conseil fédéral du parti écologiste est notamment accusé d’avoir ignoré, en mai 2015, une intervention d’une de ses responsables, Dominique Trichet-Allaire, déplorant les «violences sexuelles qui pourraient exister à l’intérieur du parti». «Cette affaire serait-elle sortie si lui et son épouse n'avait pas quitté le parti ? Pourquoi ses comportements de lourd dragueur avaient été tolérés jusque-là ? Il faut poser toutes ces questions» juge un ancien leader écologiste.

Des révélations qui rappellent la chute de DSK

Au-delà des Verts, cette omerta qui touche, en France, le comportement sexuel des élus masculins renvoie évidemment au scandale qui avait mis fin à la carrière de l’ancien patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, pressenti par beaucoup comme le candidat favori du PS à la présidentielle de 2012. Jusqu’à l’agression sexuelle commise au Sofitel de New York il y a pile 5 ans, le 14 mai 2011, les écarts verbaux et physiques de cet ancien ministre avaient longtemps été couverts par sa formation politique, par ses proches, et par ses anciens collègues du gouvernement.

Plus récemment, les auteurs du livre L’Elysée Off (Ed. Fayard) ont accusé l’actuel ministre des Finances, Michel Sapin, de s’être mal comporté envers une journaliste, ce qu’il a démenti. Le collectif des femmes journalistes aurait toutefois décidé de publier leur appel dans le journal Libération en 2015 suite à cette affaire, pour s’en prendre à l’indifférence que suscite ce type de comportements chez les élus de l’Hexagone.

Les femmes, des «accessoires» pour beaucoup d’hommes politiques

«Les hommes politiques français n’ont toujours pas compris que le monde a changé. Beaucoup, alors que la parité est en vigueur et a ouvert les portes des partis aux candidatures féminines, continuent de considérer les femmes comme des accessoires», nous expliquait en mars 2015 la journaliste Michèle Cotta, auteur du Monde selon Mitterrand (Ed. Tallandier).

Lire aussi: En France, la politique polluée par le sexisme

L’ancien président, comme son prédécesseur Valery Giscard d'Estaing et son successeur Jacques Chirac, sont connus pour avoir eu de multiples aventures dans le cadre de leurs fonctions, mais sans jamais faire l’objet d’accusations de harcèlement. Une question posée par les révélations de Mediapart et de France Inter porte d’ailleurs sur la nature exacte des faits qui sont reprochés à Denis Baupin (harcèlement physique dans un ascenseur, SMS lourds et graveleux…) et le caractère tardif des aveux des femmes concernées. «Il faut comprendre qu’en France, briser cette loi du silence, c’est renvoyer les femmes les femmes engagées en politique à une condition qu’elles se battent pour faire changer. Car si quelques-unes osent parler, combien n’osent toujours pas le faire?» interroge une assistante parlementaire d’un député socialiste.

Dossier
Harcèlement et agression sexuels, la loi du silence

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