Grande-Bretagne

Harcèlement sexuel: le scandale qui menace de tout emporter à Westminster

La démission du ministre de la Défense, qui met à mal le très fragile gouvernement de Theresa May, sera-t-elle la seule?

«La digue a cédé.» La phrase est de Ruth Davidson, leader des conservateurs en Ecosse, mais l’évidence est visible de tous. Depuis une semaine, dans la suite de l’affaire Harvey Weinstein aux Etats-Unis, les allégations, accusations et rumeurs virevoltent et s’accumulent dans le monde politique britannique concernant diverses affaires de harcèlement sexuel. Celles-ci vont du viol à la main posée sur le genou, en passant par les propos déplacés.

Mercredi soir, le tourbillon a provoqué une première démission, celle du ministre de la Défense, Michael Fallon. Mais beaucoup pensent que ce n’est pas la fin du scandale. Un deuxième ministre, Damian Green, très proche de la première ministre Theresa May, est lui-même dans une position vacillante, accusé d’avoir effleuré le genou d’une activiste de trente ans sa cadette puis de lui avoir envoyé des textos qu’elle qualifie de «suggestifs». Il dément catégoriquement les accusations et a mis ses échanges de SMS à la disposition d’une enquête interne du gouvernement.

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Le début d’un «grand nettoyage»

Quel que soit le sort final de Damian Green, Ruth Davidson, qui est une étoile montante du parti, estime qu’un «grand nettoyage» est sur le point de débuter. «Dans ces professions dominées par les hommes, la culture du vestiaire a pris le dessus. Cela doit maintenant cesser.»

Le scandale n’est pas sans rappeler celui des abus de notes de frais de 2009. A l’époque, les députés avaient commencé par minimiser les pratiques, pour finalement devoir faire profil bas face à la colère populaire. Cette fois-ci aussi, beaucoup d’élus cherchent à relativiser les faits. Mais une remise à plat de la culture machiste du parlement britannique semble inévitable. Theresa May a appelé à une réunion lundi prochain avec les leaders des autres partis pour mettre au point un système de plainte interne à Westminster.

«La culture a changé»

Les raisons de la démission de Michael Fallon restent floues. Ce ténor du Parti conservateur, 65 ans, a certes reconnu avoir posé la main à plusieurs reprises sur le genou d’une journaliste politique, Julia Hartley-Brewer. C’était en 2002 et celle-ci avait répliqué: «Si vous n’arrêtez pas, je vous mets mon poing sur la figure.» L’histoire s’était arrêtée là, et la journaliste était la première à penser que cela ne constituait pas un scandale: «Cet incident s’est passé en 2002. Absolument personne n’était bouleversé ou en détresse. Mes genoux sont intacts.»

Ce qui a probablement emporté Michael Fallon est une série d’autres accusations similaires qui pourraient être rendues publiques dans les jours qui viennent. Selon la BBC, Theresa May aurait été informée d’autres inquiétudes concernant son ministre. Interrogé sur de possibles révélations à venir, Michael Fallon a évité soigneusement de répondre. «La culture a changé. Ce qui aurait pu être acceptable il y a dix ou quinze ans ne l’est clairement plus», s’est-il contenté d’expliquer.

Accusation de viol au Labour

Parmi les accusations qui se multiplient depuis une semaine, la plus sérieuse concerne un viol au sein du Parti travailliste. Bex Bailey, une militante, affirme avoir été «sévèrement agressée sexuellement» par un cadre du parti en 2011, lors d’une fête du Labour, alors qu’elle avait 19 ans. Quand elle s’est décidée à en parler au sein de la structure deux ans plus tard, on lui a conseillé de ne surtout pas ébruiter l’affaire, de peur que cela «endommage» sa progression dans le parti. Jeremy Corbyn, le leader du Labour, a immédiatement diligenté une enquête interne pour savoir si l’affaire avait été étouffée, et il a référé la question du viol à la police, qui enquête.

Par ailleurs, des assistants parlementaires ont compilé un dossier qui comporte les noms d’une quarantaine de députés conservateurs, et liste les faits qui leur sont reprochés. Au moins six ministres et huit secrétaires d’Etat en font partie. Les faits ne sont pas avérés, et mélangent pêle-mêle des liaisons entre adultes consentants, des «penchants sexuels étranges», le recours à des prostitués hommes, l’utilisation d’un site internet d’adultère et des «comportements inappropriés» avec les assistantes parlementaires.

Un coup dur pour Theresa May

Pour Theresa May, le scandale arrive au plus mauvais moment. La première ministre britannique est déjà extrêmement affaiblie, n’ayant plus de majorité absolue à la Chambre des communes depuis les élections manquées de juin. Les négociations du Brexit sont enlisées et sa survie politique ne tient qu’à un fil. Dans ces conditions, perdre un allié comme Michael Fallon est un coup dur. Si d’autres suivent, la situation pourrait vite devenir critique.

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