C’est un coup de tonnerre dans le bleu azur de la Genève internationale. Jeudi, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a fustigé, par la voix du directeur de l’Office des Nations unies à Genève, la Conférence du désarmement. Celle-ci représente «une énorme dépense pour le budget des Nations unies» alors que «rien» n’est sorti des quatre premières semaines de la session 2010, a déclaré Sergueï Ordzhonikidze. L’organisme, créé en 1979 et composé de 65 Etats, ne fait pas formellement parti de l’ONU, mais c’est tout de même l’organisation onusienne qui la finance.

On avait pourtant cru à un renouveau de la Conférence du désarmement en mai 2009 quand celle-ci adoptait, après des années de léthargie un programme de négociations. Depuis l’adoption du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires en 1996, la CD, comme l’appellent communément les diplomates à Genève, était totalement bloquée. Mais l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche et les négociations qu’Américains et Russes mènent pour remplacer l’accord Start, le traité de réduction des armes stratégiques, avaient nourri de nouveaux espoirs. C’était sans compter sur les Pakistanais. Comme le déclaraient récemment plusieurs diplomates à Reuters, le Pakistan a informé l’enceinte multilatérale qu’il ne pouvait pas accepter d’entamer des négociations globales pour arrêter la production de matières fossiles à l’avenir. A l’AFP, l’ambassadeur pakistanais Zamier Akram s’en explique: son pays ne peut pas entrer dans de tels pourparlers qui entérineraient «l’asymétrie» des forces nucléaires entre le Pakistan et l’Inde, dont elles dénoncent «la poursuite d’un programme ambitieux de militarisation et les doctrines militaires offensives».

«Intolérable», «Inutile»: les mots des responsables onusiens sont durs, mais ils traduisent une réalité: la Conférence du désarmement est devenue un organisme grippé, paralysé par les nouveaux enjeux stratégiques. Elle s’est même marginalisée elle-même dans des domaines comme les bombes à sous-munitions en restant engluée dans une approche minimaliste. Résultat: ce sont des ONG qui ont repris le flambeau et qui ont poussé à l’adoption d’un traité d’interdiction des armes à sous-munitions à Oslo, hors de la Conférence du désarmement.