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L'ouragan «Harvey» vu depuis la station spatiale internationale, le 26 août 2017.
© NASA/Jack Fischer

Etats-Unis

«Harvey» et le changement climatique: un lien complexe

A chaque catastrophe naturelle, un lien direct est établi avec le changement climatique. Mais de manière trop souvent simpliste. L’analyse de Paolo Ruti, chef du programme mondial de recherche météorologique à l’Organisation météorologique mondiale à Genève

C’est désormais une question récurrente qui se pose à chaque catastrophe naturelle: le changement climatique y est-il pour quelque chose? Dans le sud-est du Texas, Harvey a provoqué un tel chaos que les commentateurs et observateurs cherchent des causes plus profondes. Les inondations qui ont défiguré la ville de Houston apparaissent comme l’un des aspects saillants de la catastrophe.

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Chef du programme mondial de recherche météorologique au sein de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à Genève, Paolo Ruti le souligne: «Au moins 12% des précipitations provoquées par Harvey sont dues au changement climatique. Je m’explique. La capacité de l’atmosphère à garder l’eau dépend en partie de la température. C’est un principe de thermodynamique. Au cours des dernières années, la température moyenne a augmenté de 1,1 degré Celsius par rapport au début du XXe siècle. Or cette capacité de rétention de l’eau dans l’atmosphère se chiffre à 6-7% pour chaque degré. Si on considère l’efficacité pluviométrique des ouragans, cette hausse s’élève à plus de 10% en moyenne.»

La température de l’eau comme facteur explicatif

Ces considérations générales peuvent-elles être appliquées telles quelles à un événement singulier comme Harvey? Ce n’est pas sûr. Mais «au vu des données historiques de la ville de Houston, précise le responsable de l’OMM, il y a une chance de 0,1 pour cent d’avoir une inondation de cette ampleur, leur périodicité ayant été évaluée à quelque 1000 ans.» Dans les latitudes moyennes, il est plus aisé de calculer de telles probabilités après la récolte de données sur plusieurs centaines d’années. «Un ouragan est capable de concentrer de façon unique une grande quantité d’énergie. La dynamique est différente et complexe, selon Paolo Ruti. Il est difficile de la comprendre sous l’angle du changement climatique.» L’aspect stationnaire de Harvey ces jours-ci reste lui aussi un mystère et à ce stade, le changement climatique ne peut servir d’explication.

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La hausse de la température de l’eau dans le golfe du Mexique est certainement un facteur explicatif de la puissance de Harvey. Les eaux de surface ne sont pas descendues en dessous de 22,7 degrés C l’hiver dernier. Un fait unique. Or un ouragan résulte de l’interaction entre l’atmosphère et l’océan. Il en capture l’humidité et l’énergie. «La température est un moteur et l’essence ne se limite pas aux eaux de surface, poursuit sous forme de métaphore Paolo Ruti. Pour mesurer le potentiel total du moteur, il faut aussi mesurer l’épaisseur de la couche océanique. Aujourd’hui, nous sommes à même de le faire avec des balises Argos qui nous indiquent ce qui se passe en dessous de la surface.»

Un bouleversement des autoroutes de l’information

Paolo Ruti est prudent, mais n’écarte pas l’influence du changement climatique: «Celui-ci est en train de transformer les ondes planétaires ou ce que j’appelle les autoroutes de l’information qui circulent d’un point à l’autre du globe.» D’autres prennent moins de précaution. Le climatologue James Hansen dénonce ce qu’il appelle la «réticence scientifique» qui, estiment certains, masque les vrais effets du réchauffement.

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