Rencontre

La Haut-Savoyarde Virginie Duby-Muller, au casting de Sarko 2

Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie, a rejoint l’équipe de l’ancien président, en quête de nouvelles têtes pour son retour aux affaires. Portrait d’une jeune élue au parcours jusque-là sans fausse note

Au casting de Sarko 2

Rencontre Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie,a rejoint l’équipede l’ancien président français, en quêtede nouvelles têtes pour son retouraux affaires

Portrait d’unejeune élue au parcours jusque-là sans fausse note

C’est par voie de presse qu’elle a appris cet été que Nicolas Sarkozy la voulait à ses côtés. «Mon nom est apparu je ne sais comment, j’ai été étonnée, un peu sceptique aussi. Pourquoi moi?» commente-t-elle. Le 3 octobre, l’annonce a été officialisée dans un avion. «C’était après le meeting de Toulouse, nous avons voyagé ensemble, il m’a dit qu’il avait besoin de jeunes élus de terrain pour sa campagne pour la présidence de l’UMP [Union pour un mouvement populaire]. Il m’a même proposé le poste de porte-parole, j’ai refusé car cela m’aurait demandé trop de temps, ma priorité est encore la Haute-Savoie. Mais j’ai accepté de rejoindre son équipe.» Et c’est ainsi que Virginie Duby-Muller, députée UMP de la 4e circonscription de Haute-Savoie, a poussé le porche du 77, rue de Miromesnil, dans le très chic VIIIe arrondissement de Paris, là où Nicolas Sarkozy a installé son quartier général pour préparer ce que ses proches nomment «la reconquête». Car il ne fait aucun doute que l’ancien hôte de l’Elysée ambitionne d’en devenir le futur. «Non, tempère Virginie Duby-Muller, pour le moment il s’agit pour lui de reprendre l’UMP, d’en faire un parti à nouveau populaire, rassembleur.» Certes, mais la présidentielle de 2017? La fameuse revanche? Sourire de la jeune députée (elle a 35 ans), les yeux brillent.

Elle a donné rendez-vous à sa permanence parlementaire, place de la Libération, au troisième étage de l’un ces immeubles si typiques d’Annemasse, un peu rugueux, froids, soviétiques dit-on encore. L’ascenseur pousse des gémissements. Monter par les marches, donc. Un 4 pièces avec salle de réunion, secrétariat, bureau (exigu) de Madame la députée, une cuisine. Simple, sans fioriture, un lieu de travail. Et l’on se dit alors qu’il y a un monde entre la place de la Libération et la rue de Miromesnil. Entre la provinciale et les «Parigots». Un monde que les conseillers politiques méconnaissent, la France des friches industrielles, des fins – et même des débuts – de mois difficiles, des villes où le travail se délocalise, des campagnes qui écoulent mal lait et céréales. Nicolas Sarkozy aurait besoin qu’on lui remonte des informations et que certaines fassent le chemin inverse. Virginie Duby-Muller a le profil. Pourquoi moi? demandait-elle plus haut. Parce que cela fait un certain temps que l’ancien président a misé sur cette jeune femme pragmatique et hyperactive, que l’on voit le mercredi en tailleur-pantalon sur les bancs de l’Assemblée nationale (au 12e rang, tout en haut) et le lendemain en bottes dans une étable de Viry (à cinq kilomètres de Genève). Fait rare, en septembre 2013, lorsque Sarkozy vivait encore demi-caché, s’adonnait au jogging, allait voir Carla en concert et cachetait des conférences à travers le monde, il fit un détour par le village d’Archamps (collé à la douane de La Croix-de-Rozon) pour remettre la Légion d’honneur à Claude Birraux. Cette apparition publique fut remarquée. Jeune retraité de la politique, Claude Birraux, maintes fois élu député de l’UDF puis de l’UMP, méritait cet éloge. Mais celle qui fut sa responsable de permanence à Annemasse et qui lui succéda pour emporter l’élection législative du 17 juin 2012 reçut aussi toute l’attention du président déchu. Premiers échanges, une connivence, la promesse que l’on se reverrait. Quelle attirance éprouve-t-elle? Pourquoi lui? Virginie Duby-Muller est née à Bonneville dans un foyer classe moyenne, aînée de trois enfants, père chef d’une petite entreprise, mère infirmière, études secondaires à Cluses, universitaires à Grenoble. Valeurs inculquées: respect, honnêteté, travail. Son histoire, au fond, la rapprocherait plus du consensuel Alain Juppé ou du modéré François Fillon. Pas de Nicolas et des affaires qui secouent la Sarkozie, Bygmalion, les fausses factures, les cocktails d’après-meetings facturés 10 000 euros où l’on sert des pâtes à la truffe et du champagne Ruinart blanc. Qu’en disent les Savoyards, dont certains peinent à vivre avec un salaire de 1400 euros? Elle répond longuement: «Il y a de l’acharnement et beaucoup de mensonges. Sitôt pressenti son retour à la vie politique, tous les moyens ont été bons pour le mettre en échec parce qu’il représente un danger pour ses adversaires. J’observe qu’il a toujours été disculpé. Quant aux Français, ils savent qu’ils ont affaire à celui qui est le plus proche de leurs préoccupations et le plus apte à redresser le pays. L’autre jour à l’aéroport de Toulouse, j’ai été sidérée par l’énorme élan de sympathie qu’il suscite.»

Virginie Duby-Muller, au final, pointera peu au 77 de la rue de Miromesnil. Cela lui va, car là-bas, certaines têtes, semble-t-il, ne lui reviennent pas. Comme Nadine Morano, qui «n’est pas ma tasse de thé». Elle se sent plus proche de Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne ministre de l’Ecologie, qu’elle accueillera prochainement en Haute-Savoie pour une réunion de soutien à Nicolas Sarkozy. Virginie Duby-Muller explique que l’ancien président a décidé de mailler le territoire et qu’il s’est appuyé, pour ce faire, sur les Cadets-Bourbon, jeunes députés UMP élus pour la première fois en 2012. Virginie Duby-Muller a rejoint ce groupe de trentenaires qui veulent rénover la vieille droite, qui multiplient les déplacements, visitent les prisons pour appréhender la politique pénale, partent en stage en entreprise pour mieux faire connaître leur rôle et mieux légiférer en se mettant à l’écoute des dirigeants. Pour apparaître neuf, l’ex-chef de l’Etat a souhaité élargir son cercle, ne plus être entouré que de ses éternels amis (Hortefeux, Estrosi, Guéant et Boutin). Les Cadets-Bourbon incarneraient une droite décomplexée, humaniste, qui revendique sans complexe l’héritage de Nicolas Sarkozy, malgré la défaite de 2012. «Notre pays est très affaibli, la fonction présidentielle est ternie, Nicolas Sarkozy est le seul à pouvoir rendre au pays son rayonnement», insiste Virginie Duby-Muller.

Au Palais-Bourbon, elle défend sa Haute-Savoie et a réussi l’exploit de déposer une proposition de loi. «C’est par tradition la prérogative des anciens, parce que c’est eux qui tiennent la maison, mais on m’a laissé une chance, c’est rare pour une nouvelle élue», se félicite-t-elle. Elle voulait rendre obligatoire en France la déclaration de domicile, afin que puissent être recensés les Suisses ne se déclarant pas en résidence principale en Haute-Savoie ou dans le Pays de Gex. «Une situation anormale, dénonce-t-elle, car ces personnes qui vivent en fait à l’année en France et profitent de tous les services privent les collectivités locales de fonds frontaliers et de dotations de l’Etat.» Son texte a été rejeté, «mais on a enfin parlé des faux résidents». Elle s’est vivement opposée à la décision du gouvernement socialiste de mettre fin au droit d’option en matière d’assurance maladie pour les travailleurs frontaliers, mesure qui a pour but de tenter de rééquilibrer les comptes déficitaires de la Sécurité sociale. Ses opposants, socialistes mais aussi centristes, ont eu beau jeu de rappeler que la loi fixant le terme du droit d’option a été votée le 31 octobre 2006 par les parlementaires UMP, dont Claude Birraux. Pour rester au contact, Virginie Duby-Muller multiplie dans sa circonscription les permanences publiques en mairies (une soixantaine en juin dernier) et les visites dans les maisons de retraite, les écoles, les hôpitaux, les clubs sportifs, les fêtes populaires. La Suisse? Elle dit apprécier le style Pierre Maudet, aller à Genève pour prendre l’avion ou aller au spectacle. On la sent très en distance. Le vote du 9 février est passé par là et le rejet du cofinancement genevois des P+R n’a rien arrangé. «Il y a une crispation, mais la mobilisation franco-suisse pour que les zones franches ne soient pas exclues du label suisse a fait beaucoup de bien» confie-t-elle. Huit députés des deux Savoies, dont elle, viennent de déposer une proposition de loi visant à créer une nouvelle collectivité territoriale réunissant les deux départements. Si elle voit le jour, cette entité, une sorte de grande Savoie, pourrait-elle tourner le dos au Grand Genève? «Non, argue-t-elle. En France, une vaste réforme territoriale est en cours, de grandes régions vont émerger, Rhône-Alpes devrait fusionner avec l’Auvergne. Ce rapprochement entre les deux Savoie nous permettra avant tout de mieux exister avec nos particularités.»

Les affaires? «Il y a de l’acharnement et beaucoup de mensonges»

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