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Javier Yanez aux aguets sur son balcon décoré des drapeaux américain et cubain.
© Ramon Espinosa

Etats-Unis

La Havane et Washington abordent le très sensible dossier des nationalisations

Depuis quelques jours, Cubains et Américains négocient pour régler la question des compensations pour les biens américains nationalisés après 1959. Cuba demande à son tour une compensation pour l’embargo et l’opération de la Baie des Cochons

Un an après que les présidents américain et cubain ont annoncé le dégel des relations entre Cuba et les Etats-Unis, le 17 décembre 2014, la normalisation entre les deux pays entre dans une phase délicate. Des négociations entre Cubains et Américains ont commencé la semaine dernière pour régler la question lancinante des compensations pour les nationalisations opérées par le régime castriste au lendemain de la révolution de 1959. L’enjeu est considérable, car l’issue des pourparlers pourrait influer sur la levée ou non de l’embargo économique que les Etats-Unis imposent à Cuba depuis 1962.

La loi Helms-Burton de 1996, qui a renforcé l’embargo, est explicite: la résolution de la question des compensations est une «condition essentielle pour la reprise complète des relations économiques et diplomatiques» entre la Havane et Washington. Or si les relations diplomatiques américano-cubaines, rompues le 3 janvier 1961, ont été officiellement rétablies le 20 juillet dernier, la normalisation bute encore sur ce dossier très sensible des nationalisations. Or si les deux Etats prennent le dossier en main, c’est pour une raison simple: sous son règne, Barack Obama souhaite pousser la normalisation le plus loin possible. Il envisage même, le cas échéant, de se rendre à Cuba l’an prochain. Pour ce faire, il a déjà sommé le Congrès de lever un embargo en vigueur depuis cinquante-trois ans qui s’est avéré contre-productif. Raul Castro, qui est censé se retirer de la présidence cubaine en 2018, réalise pour sa part qu’en laissant ouverte la question des compensations pour les nationalisations de propriétés américaines, Cuba va continuer de dissuader des investisseurs étrangers dont l’île a fortement besoin. Une levée de l’embargo enfin serait une manière pour le dirigeant cubain de laisser une trace personnelle dans l’histoire.

L’état d’esprit du gouvernement cubain a manifestement évolué. Au sortir de la révolution, explique le chercheur de la Brookings Institution Richard Feinberg dans une étude intitulée «Reconciling U.S. Property Claims in Cuba», les nationalisations étaient destinées à réduire de façon draconienne l’emprise des Américains à Cuba qui contrôlaient des leviers majeurs de l’économie comme les services publics, des sociétés du secteur énergétique, des établissements financiers et de grandes exploitations sucrières. Aujourd’hui, Cuba a besoin d’oxygène.

Mais comment aborder la question de nationalisations effectuées voici plus de cinquante ans? A Washington, la Foreign Settlement Claims Commission, un organe quasi-indépendant, a évalué à 5913 le nombre de demandes de compensation pour un montant de 1,9 milliard de dollars. Sans compter les intérêts. Selon le chercheur Richard Feinberg, il est avant tout question de sociétés américaines, notamment sucrières comme la United Fruit Sugar Company ou encore des multinationales telles que Coca-Cola, General Motors ou encore des banques comme Chase Manhattan.

Le pouvoir cubain met aussi ses propres exigences sur la table. Il revendique des indemnités pour les dommages économiques provoqués par soixante ans d’embargo. A l’Assemblée générale de l’ONU cette année, la Havane a évalué ces dommages à 121 milliards de dollars. A Cuba, certaines estimations se chiffrent jusqu’à 900 milliards de dollars. Le gouvernement cubain demande aussi des indemnités pour les 3500 morts et 2000 blessés en lien avec l’invasion américaine de la Baie des Cochons de 1961. Richard Feinberg le souligne toutefois. Appliquant les règles de l’OMC, Washington va sans doute refuser toute compensation pour l’embargo. Pour la Baie des Cochons, une indemnisation pourrait être envisageable. Les Etats-Unis ont négocié des compensations de ce type avec l’Irak et la Libye.

Plusieurs modèles sont évoqués pour régler le problème des compensations, notamment ceux appliqués en Europe de l’Est après la chute de l’Union soviétique ou au Vietnam. La Suisse fut aussi concernée. En 1967, grâce à l’engagement de l’ambassadeur de Suisse Emil Stadelhofer, trois sociétés appartenant à Nestlé avaient pu être indemnisées à hauteur de 18 millions de francs, selon les Documents diplomatiques suisses. Mais la multinationale veveysane s’était engagée à acheter chaque année 40 000 tonnes de sucre à Cuba dont un tiers était livré gratuitement à titre d’indemnisation.

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