Crapahuter sur les volcans ou nager au milieu de la faune marine d'Hawaï en temps de covid se mérite. Alors que Joe Biden vient d’annoncer que les personnes entièrement immunisées peuvent désormais se promener la plupart du temps sans masque, certains voyages intérieurs restent compliqués, que l’on soit vacciné ou pas. C’est le cas pour Hawaï. L’archipel, à six heures d’avion de Los Angeles, a été relativement épargné par la pandémie. Son gouverneur, David Ige, un démocrate, a du coup décidé de ne surtout pas baisser la garde. Mais, pour le voyageur, les restrictions en place s’apparentent à un véritable parcours du combattant, avec stress et incertitudes à la clé. Et les acteurs du tourisme commencent à grogner.

Trouver le bon labo

Il faut d’abord, en venant du continent américain, produire un test covid négatif, fait dans les 72 heures avant de prendre l’avion. Les enfants de plus de 5 ans sont aussi concernés. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Sauf que l’Etat d'Hawaï impose des partenaires bien spécifiques pour les tests, payants, et dont les résultats prennent parfois «jusqu’à 48 heures» pour être livrés. Il s’agit donc de bien calculer sa fenêtre de tir. Le système de kit à la maison proposé par American Airlines, par exemple, implique une surveillance par vidéo lors du prélèvement – «oui, c’est ça, mais enfoncez un peu plus l’écouvillon» – et UPS qui vient chercher l’échantillon à la maison pour l’acheminer en… Californie. Les résultats arrivent heureusement beaucoup plus vite qu’annoncé. A temps pour l’avion. La quarantaine de dix jours à Hawaï, sans autorisation de sortir de sa chambre d’hôtel, est donc évitée.

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Mais ce n’est que le début. Il faut ensuite procéder de la même façon avant chaque vol vers une nouvelle île. A Maui, expérience faite, il a fallu plusieurs heures, en se renseignant dans différents supermarchés, permanences ou laboratoires, avant de trouver le bon endroit pour se faire fouiller le nez. Un centre médical propose 300 dollars par personne – mais on peut s’en sortir à moitié prix.

Le sésame Safetravel

Pour ne rien simplifier, certaines îles ont leurs propres règles, en fonction de l’humeur de leurs maires. Maui impose par exemple le téléchargement d’une application de traçage. Dès le 4 mai, elle réintroduira un second test – gratuit, cette fois – à l’arrivée, pour les gens venant du continent. Quant à Kauai, l’île-jardin, elle était presque inaccessible jusqu’au 5 avril, avec une quarantaine obligatoire dans des hôtels désignés et, forcément, pas bon marché. Mais depuis, elle a décidé de rejoindre Safetravel.

Safetravel? C’est le sésame pour entrer à Hawaï. Sans indiquer tous ses déplacements, portion par portion, et surtout télécharger tous les résultats des tests exigés sur ce site internet géré par le gouvernement hawaïen et vérifiés à l’aéroport, vous ne mettez tout simplement pas les pieds à Hawaï car vous ne recevez pas les codes QR nécessaires pour vous déplacer librement. Exigeant, certes. Mais c'est le seul moyen de contourner la quarantaine. D’ailleurs, ceux qui ne la respectent pas – des Américains se sont fait prendre en postant, sur les réseaux sociaux, des photos d’eux en train de surfer – sont passibles d’une amende de 5000 dollars et d’un an de prison.

Ce patchwork de règles, qui changent régulièrement, s’explique par la volonté de contenir la propagation du coronavirus, alors que certaines îles n’ont tout simplement pas d’hôpitaux adéquats. Pour l’instant, un peu plus de 32 000 personnes ont été contaminées dans l’archipel (sur une population de 1,5 million), et 483 personnes sont décédées. Mais les milieux touristiques, constatant la vitesse de la campagne de vaccination, commencent à perdre patience. Le CEO d’Hawaiian Airlines, par exemple, a fait pression sur le gouverneur via une interview pour qu’il simplifie les restrictions et permette au tourisme de redécoller. Oahu, où se trouve Honolulu, est la seule île qui n’exige pas de tests quand on vient d’une autre île.

Effet direct de ces pressions ou pas, David Ige a fait un pas en faveur des personnes entièrement vaccinées: à partir du 11 mai, elles pourront faire l’impasse sur les tests pour se déplacer d’une île à l’autre. Une règle qui ne s’appliquera dans un premier temps qu’à celles qui ont été vaccinées à Hawaï.