Les nerfs des Néerlandais ont été soumis à rude épreuve ces derniers jours et les politiques, qui avaient semblé d'abord pris de court par les événements, tentaient de reprendre l'initiative. Dans la nuit de mercredi à jeudi, toute une série de mesures destinées, entre autres, à lutter contre le terrorisme ont été soumises pour lecture urgente au parlement. Première cible des propositions du ministre de la Justice, Piet Hein Donner, et de son collègue de l'Intérieur, Johan Remkes: les binationaux qui menaceraient les «intérêts vitaux» du pays.

L'assassin présumé de Théo van Gogh, Mohammed Bouyani, en est l'archétype. Il possédait deux passeports, néerlandais et marocain. Ceux qui suivraient ses traces se verront, si la loi passe, déchus de leur nationalité néerlandaise. Le gouvernement entend aussi intensifier la surveillance des islamistes extrémistes, doter ses services secrets d'antennes plus performantes, notamment à l'étranger, et placer sous surveillance les mosquées radicales. Il souhaite également, suivant la bonne tradition néerlandaise, devenir le promoteur d'un islam plus libéral en s'engageant dans la formation des imams.

Malgré ces annonces tardives, la presse néerlandaise laissait transparaître jeudi encore un certain désarroi: «Nous avons l'impression de marcher au bord d'un gouffre de chaos, de haine et d'escalade de la violence», résumait le quotidien Volkskrant, tandis que le journal protestant Trouw appelait la reine Beatrix à intervenir pour calmer les esprits, ce qu'elle devrait faire prochainement.

«Pas de violence!»

Le premier ministre Jan Peter Balkenende semble lui aussi avoir entendu l'appel. «On ne touche pas aux écoles. On ne touche pas aux mosquées ni aux églises. On ne touche pas aux personnes qui donnent leur opinion. Chacun doit avoir conscience de ce que sont les règles dans notre pays. Pas de violence!», a lancé mercredi ce chrétien démocrate devant le parlement avant de se rendre à Uden où une école coranique avait été incendiée. L'éditorialiste de Trouw a donc pu pousser un soupir de soulagement en notant que le chef du gouvernement avait repris les commandes et que ce n'était «pas trop tôt». Jeudi, Jan Peter Balkenende est d'ailleurs retourné sur le terrain pour visiter le quartier de La Haye où une opération antiterroriste s'est soldée la veille par l'arrestation de deux individus (LT du 11.11.04).

La liberté d'expression choyée jusque dans les débordements insultants d'un Théo van Gogh fait désormais aussi débat. La presse néerlandaise s'intéresse à l'interdiction pour cause de racisme du Vlaams Blok en Belgique voisine. Mais elle remarque aussi que le parti pourrait bien, une fois rebaptisé, aller vers de nouveaux succès en Flandres. La Belgique, et notamment sa partie francophone, observe avec une certaine inquiétude les développements aux Pays-Bas. Patrick Dewael, ministre belge de l'Intérieur, a fait dans la foulée de la mort de Théo Van Gogh, outre une interview controversée à De Standaard où il posait des limites à l'intégration d'autres cultures, une série de propositions pour lutter contre l'islam radical en Belgique.