Madrid va légaliser les expulsions «express» à Ceuta et Melilla

Migration Le HCR rappelle l’Espagne à ses obligations internationales

Au premier plan, des golfeurs tapent dans la balle sur un green de Melilla, l’une des deux enclaves espagnoles au Maroc. Derrière eux, dix migrants sont placés en équilibre sur la clôture qui sépare l’Espagne du Maroc. Cette photo iconique a été prise la semaine dernière lors d’une énième tentative d’entrée par la seule frontière terrestre entre l’Union européenne et l’Afrique.

Suspendus à six mètres du sol, les migrants attendent désespérément que les policiers espagnols tournent les talons. Sinon, ils savent qu’ils risquent d’être immédiatement reconduits de l’autre côté du grillage. En Espagne, on appelle cela les devoluciones en caliente, les expulsions à chaud.

La pratique est contraire aux obligations internationales de l’Espagne et les autorités ont longtemps nié qu’elles y recouraient. Aujourd’hui, ces expulsions «express» sont menées en plein jour. A tel point que Madrid veut les légaliser. Le gouvernement de Mariano Rajoy vient de présenter un projet de loi sur l’immigration avec «pour objectif de doter d’un régime juridique spécial Ceuta et Melilla», selon le communiqué du Ministère de l’intérieur de mercredi dernier. Une manière de dissuader les candidats de franchir les trois clôtures successives qui protègent ses confettis de territoire au Maroc. La pression migratoire ne cesse d’augmenter depuis l’an dernier. En 2013, 4200 personnes étaient entrées illégalement dans les enclaves, également par la mer. Cette année, plus de 5000 arrivées ont déjà été enregistrées.

Des milliers de Syriens

L’amendement devrait être avalisé sans difficulté par le parlement espagnol. Le Parti populaire (droite) y dispose d’une majorité confortable. Mais il suscite l’inquiétude du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). L’agence onusienne l’a dit mardi tout haut depuis Genève: ces renvois automatiques empêcheront tous ceux qui fuient la guerre et les persécutions de déposer une demande d’asile dans les enclaves, comme le prévoit la Convention relative au statut des réfugiés de 1951, signée par Madrid.

«Nous voulons qu’il y ait un vrai débat», souligne Maria Jesus Vega, la porte-parole du HCR en Espagne. «Nous ne demandons pas à l’Espagne d’ouvrir complètement ses frontières mais il faut qu’il y ait un équilibre entre leur protection et celle des individus.»

Selon le HCR, de plus en plus de personnes se présentant aux portes de Ceuta et Melilla viennent de pays en proie aux combats ou à l’instabilité, comme la Syrie, la République centrafricaine ou le Mali. Ces gens, plaide le HCR, ont droit à l’asile ou au moins à ce que leur demande soit examinée. Cette année, 2000 Syriens, dont 70% de femmes ou d’enfants, ont réussi à trouver refuge dans les enclaves. Tous n’escaladent pas les clôtures mais se fraient un chemin parmi les milliers de journaliers marocains qui viennent travailler à Ceuta et Melilla.

Le HCR dénonce aussi «l’utilisation croissante de la force» à la frontière des enclaves. Une vidéo datant du 15 octobre montre des policiers frappant des migrants pour les faire descendre de la clôture. L’un d’eux, à demi inconscient, est refoulé au Maroc.