Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) s'est défendu vendredi contre une série d'articles parus dans le quotidien britannique Financial Times (FT). Il a envoyé à ses donateurs un rapport de dix pages démontant, point par point, les attaques. Dans une série d'articles parus depuis le 29 juillet dernier, le journal britannique a en effet accusé l'agence onusienne «d'incompétence en matière de gestion, de pratiques comptables douteuses, de gaspillages et de fraudes présumées». Ses auteurs se sont basés sur des extraits d'un rapport d'auditeurs externes qui doit encore être finalisé.

Selon le rapport, les articles du FT «comportent des erreurs grossières, des interprétations incorrectes, demi-vérités et faits distorsionnés». Selon ses auteurs, les journalistes auraient, par exemple, omis de faire mention de la principale conclusion de la société d'audit qui précise: «Les rapports financiers représentent de manière honnête la position finale (n.d.l.r: comptable)…» Et de poursuivre: «Les transactions du HCR que nous avons testées dans le cadre de notre audit sont menées dans le respect des règles financières et de l'autorité législative.»

Jeudi encore, le FT a accusé l'agence onusienne d'avoir financé, en 1996 au Zaïre, le transport de munitions à destination de soldats. Selon des informations reprises d'un rapport publié jeudi dans Africa Confidential Newsletter, un haut fonctionnaire du HCR en mission à Goma aurait recommandé, le 25 octobre 1996, à la direction des opérations à Genève de donner suite à une requête de commandant zaïrois en charge de la sécurité des camps du HCR à Goma. Ce dernier demandait à l'agence de financer deux vols qui transporteraient des vivres ainsi que des munitions destinées aux soldats des camps. Le siège du HCR aurait alors consenti à débloquer 130 000 dollars, à condition que seuls des vivres soient transportés. Or, un ministre important du gouvernement de Mobutu aurait déclaré à Africa Confidential que des munitions ont bel et bien été transportées à bord de deux vols au moins, affrétés par le HCR, qui ont décollé de Kinshasa le 1er novembre 1996.

Au siège du HCR à Genève, ces nouvelles «révélations» ont été accueillies avec un agacement mal dissimulé. S'il est confirmé que Sergio Vieria de Mello, haut-commissaire alors, a bien reçu une demande d'autorisation pour le transport de munitions, il n'a donné son feu vert que pour le transport de vivres. Kris Janovski, porte-parole du HCR, balaie l'accusation d'une seule phrase: «En raison de la dégradation de la situation, ces deux avions n'ont jamais décollé». Quant aux 130 000 dollars versés à la compagnie de charters dirigée par Mobutu, ils n'ont jamais pu être récupérés.

Le bras de fer entre l'agence onusienne et le journal financier intervient au moment où expire le mandat du haut-commissaire Sadako Ogata. Pour l'heure, en cherchant à se succéder à elle-même, la diplomate rencontre de fortes résistances.