L’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt est décédé mardi à Hambourg à l’âge de 96 ans. Son état de santé, fragile, s’était rapidement détérioré au cours des derniers mois, et il avait subi plusieurs opérations depuis l’été. Helmut Schmidt, au pouvoir entre 1974 et 1982, était devenu au fil des ans une sorte de vieux sage de la politique allemande, malgré un bilan d’autant plus modeste lors de son passage au pouvoir qu’il a été chancelier au cours d’une période noire de l’histoire de son pays, marquée par la première crise du pétrole, la guerre froide et le terrorisme de la Bande à Baader.

En Allemagne, tout le monde connaissait sa silhouette fragile, son abondante chevelure blanche, son regard pétillant derrière un nuage de fumée: Helmut Schmidt n’a jamais respecté la moindre législation antitabac, allant jusqu’à enfumer les plateaux de télévision ou les soirées de premières au théâtre, lorsqu’il grillait cigarette sur cigarette au premier rang, aux côtés de son épouse Hannelore dite «Loki», dont il a partagé la vie pendant 68 ans.

Helmut Schmidt est né en décembre 1918 à Hambourg. Son père, Gustav, est l’enfant illégitime d’un banquier juif allemand et d’une serveuse. L’enfant sera adopté par la famille Schmidt, tous deux enseignants.

Jeunesses hitlériennes

Comme tous les Allemands de sa génération, le jeune Helmut rejoint en 1937 les organisations de jeunesse hitlériennes, puis est enrôlé, et se bat sur le front oriental. Son attitude sous le nazisme est contestée. Plusieurs documents nazis, cités par la journaliste Sabine Pamperrien, font état d’un zèle particulier du jeune soldat, salué pour «son attitude nazie parfaite» ou pour «savoir faire partager ses idées nationales-socialistes.»

Petit fils d’un Juif, il n’avait pas obtenu le poste qu’il briguait chez les parachutistes. Fait prisonnier par les Britanniques en 1944, il n’a jamais nié avoir été influencé par les chemises brunes. Mais il a toujours affirmé avoir aussi été dans l’opposition. Libéré en août 1945, il entame des études d’économie et de sciences politiques à Hambourg où il débute une carrière de politicien régional.

Son ascension débute en 1962, pendant les crues historiques qui dévastent le nord de l’Allemagne. Helmut Schmidt a 43 ans. Il est le chef de la police à Hambourg, et prend la direction des opérations, ordonnant à l’armée de prêter main-forte aux secouristes, ce que son mandat ne lui permet pas.

Pas un théoricien

La «légende» Schmidt naît à cette époque. Pragmatique, il est un homme d’action, pas un théoricien. En 1974, lorsque le chancelier social-démocrate Willy Brandt est acculé à la démission, pour une sombre histoire d’espionnage avec la RDA dans son entourage, Helmut Schmidt, qui a été ministre de la Défense puis des Finances, fait figure d’homme providentiel.

C’est l’époque de la première crise pétrolière. L’économie allemande s’effondre. Le système politique aussi, confronté au terrorisme de la RAF, la bande à Baader. Mais face aux enlèvements et aux attentats, Helmut Schmidt refuse l’abandon de certaines règles démocratiques au nom de la lutte antiterroriste. «L’épreuve consiste à ne pas laisser la sécurité l’emporter sur la liberté. Nous nous élevons contre une vague d’intolérance que certains veulent propager dans le pays», déclare-t-il. Mais le gouvernement refuse de négocier avec les ravisseurs du patron allemand, Hans Martin Schleyer, qui sera exécuté par la RAF.

Au niveau international, son action est surtout marquée par son étroite collaboration avec Valéry Giscard d’Estaing, élu président trois jours après l’arrivée de Schmidt au pouvoir. A partir de là s’enchaînent d’importantes étapes de la politique communautaire. Les deux hommes sont notamment les pères du système monétaire européen, le SME. Contraint de quitter le pouvoir en 1982, battu par Helmut Kohl, Helmut Schmidt reste député jusqu’en 1987, avant de se retirer de la politique active.

Devenu coéditeur de l’hebdomadaire die Zeit en 1983, il continue de commenter régulièrement la vie politique allemande. Européen convaincu, il a notamment critiqué la façon dont son successeur Helmut Kohl a mené la réunification allemande, ou encore la gestion de la crise de l’euro par Angela Merkel. Cette position de sphinx politique explique largement sa popularité. Longtemps, Helmut Schmidt a été l’homme politique préféré des Allemands, devant Angela Merkel. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages