Quoi de plus logique qu'Helsinki souhaite marquer sa présidence de l'Union européenne du sceau «septentrional»? Seul pays membre à partager une frontière avec la Russie, baignant avec elle dans la même mer, ainsi qu'avec quatre candidates à l'UE (Pologne et républiques baltes), la Finlande voudrait voir les Quinze tourner la tête vers cette région. Qu'elle peut paraître lointaine depuis Madrid, Paris ou même Bruxelles! Mais pour les membres nordiques, la perspective est différente. Exemples: la capitale la plus proche de Stockholm n'est autre que Tallinn, dont la population estonienne est la cousine linguistique des Finlandais; la plus grande métropole de la mer Baltique a pour nom Saint-Pétersbourg. Tout ça crée des liens. L'historien finlandais Matti Klinge parle d'une «nouvelle Hanse», en référence à l'association de villes d'Europe septentrionale qui connut son apogée au XIVe siècle.

Les échanges commerciaux fleurissent à nouveau depuis la fin de la guerre froide. Les investissements se multiplient, à sens unique pour l'instant – si l'on exclut l'argent de la mafia… Entrepreneurs et dirigeants politiques nordiques prennent leurs collègues d'en face sous leurs ailes protectrices, quitte à les agacer avec leurs leçons de morale. On redécouvre aussi le patrimoine culturel des voisins, jadis source d'inspiration réciproque. Bref, ça brasse autour de la Baltique, en dépit de la crise financière russe. Pourquoi ne pas en rendre conscient l'ensemble des membres de l'UE, pour conférer à cette région le même statut que celui accordé à l'espace méditerranéen? Il est temps, l'Union s'étant étendue vers le Nord avec le ralliement de la Finlande et de la Suède en 1995. L'une des ambitions d'Helsinki pendant sa présidence sera donc d'initier ce processus qui, reconnaît-elle, sera de longue haleine. L'initiative est baptisée «dimension septentrionale».

«Il y va de l'intérêt de toute l'UE de s'impliquer davantage dans ses relations avec cette périphérie», estime Peter Stenlund, coordinateur du dossier au Ministère finlandais des affaires étrangères. Une «interdépendance» vécue positivement de part et d'autre contribuera, selon lui, à renforcer la stabilité et le développement économique de la région. C'est particulièrement utile en ces temps de grave crise en Russie, qui reste politiquement instable. Et si les questions militaires et de sécurité sont exclues de la «dimension septentrionale», celle-ci pourrait, espère Helsinki, contribuer à atténuer la tension régnant entre Moscou et les pays Baltes à propos des minorités russophones qui y résident.

Depuis le lancement de leur initiative lors du Conseil européen de Luxembourg (1997), les Finlandais insistent aussi sur la nécessité de mieux coordonner la lutte contre certains «dangers» faisant fi des frontières: crime organisé, corruption et pollution. Le nord-ouest de la Russie, la seule région de ce pays directement concernée par la «dimension septentrionale», est truffé de réacteurs nucléaires. Il y a ceux équipant quelque 150 sous-marins rouillant sur la presqu'île de Kola. Et huit vieux réacteurs de centrales civiles, dont quatre du même type que ceux de Tchernobyl, tout comme les deux réacteurs lituaniens. Autre source de soucis: la Baltique, qui reste l'une des mers les plus polluées du globe.

Initiatives «complémentaires»

En apportant «un soutien politique fort» au projet finlandais, selon l'expression de M. Stenlund, le Conseil européen de Cologne a ouvert début juin la porte à un très probable plan d'action. Il devrait être commandé à la Commission de Bruxelles lors du sommet des Quinze à Helsinki en décembre, pour être développé en parallèle à la «stratégie russe» de l'UE, adoptée à Cologne. Celle-ci se concentre sur la seule Russie, dans sa totalité, tandis que la «dimension septentrionale» englobe plusieurs pays de la région baltique et le seul nord-ouest de la Russie. Deux initiatives qui, selon les Finlandais, se veulent «complémentaires».

Tout aussi louables soient-elles, les intentions d'Helsinki vont se heurter à un obstacle de taille: le financement. Certes, la «dimension septentrionale» est censée voir le jour dans le cadre du budget et des institutions déjà existants. Il faudra «améliorer la coordination entre les différents moyens de financement», tout en ayant recours au secteur privé, précise M. Stenlund, sans oser avancer de chiffres. Toutefois la crise du Kosovo, admet-il, ne va pas manquer de pomper des fonds – et de l'énergie – sur lesquels la Finlande comptait pour mettre son projet sur orbite.