sommet climatique

Les héritiers Rockefeller abandonnent les énergies fossiles

Les héritiers de l’empire pétrolier Standard Oil vont retirer tous leurs investissements dans le pétrole, le gaz ou le charbon. Aux Etats-Unis, ce mouvement de désinvestissement s’accélère

La famille Rockefeller passe au vert

S’il fallait un symbole fort en marge du sommet sur le climat de New York, les héritiers de John Rocke­feller viennent de l’apporter. Lundi, ils ont annoncé qu’ils se désinvestissaient des énergies fossiles.

Descendants du patriarche John Rockefeller, qui fonda la Standard Oil peu après la guerre de Sécession et créa un empire pétrolier, Valerie et Steven Rockefeller, accompagnés par le président du Rockefeller Brothers Fund, Stephen Heintz, vont retirer de leur fonds doté de 860 millions de dollars tous les investissements liés aux énergies fossiles. La décision est révélatrice d’un mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur aux Etats-Unis.

«Impératif moral»

Pour les Rockefeller, dont la puissance se reflète dans le gratte-ciel éponyme qui domine Midtown à Manhattan, c’est un tournant. Pendant près d’un siècle et demi, ils ont été le symbole de la puissance de l’industrie pétrolière. De l’empire des Rockefeller sont nées des sociétés comme Exxon, Mobil, Amoco et Chevron. Pour Valerie Rockefeller Wayne, «c’est un impératif moral pour préserver une planète saine». Le pas franchi lundi est radical, même si le fonds de la famille a déjà désinvesti des produits liés au charbon et aux sables bitumineux. Les désinvestissements annoncés ne se feront toutefois pas du jour au lendemain. Ce sera un long processus. Stephen Heintz relève que la décision prise a pour objectif de lutter contre le réchauffement climatique: «Nous mettons en avant les raisons morales [d’une telle décision], mais de plus en plus aussi économiques.»

Les héritiers Rockefeller ne se sont pas soudainement convertis à la cause environnementale. Ils avaient déjà tenté, au début des années 1980, de créer un fonds pour investir directement dans les énergies renouvelables. Mais trop précoce, l’initiative fut un échec. Ils tentèrent aussi d’influer sur la politique environnementale d’Exxon Mobil, l’héritière de la Standard Oil. Mais là aussi sans grand succès. Leur choix s’inscrit dans un mouvement auquel participent, aux Etats-Unis, près de deux cents organisations philanthropiques, fonds de pension, collectivités locales, riches individus, et plus récemment les universités.

A ce jour, il serait sur le point de provoquer des désinvestissements des énergies fossiles de près de 50 milliards de dollars. L’Université de Stanford, dotée d’un fonds de 18,7 milliards de dollars, a promis de désinvestir de l’industrie du charbon. Yale compte aussi utiliser ses ressources financières différemment à l’avenir. Harvard fait de la résistance, estimant que ce n’est pas le bon moyen pour lutter contre le changement climatique. Kevin Bourne, directeur de l’indice boursier FTSE à Londres, décrit le phénomène comme le mouvement «le plus rapide que j’aie jamais vu en trente ans de carrière en lien avec les marchés.» Selon Bloomberg New Energy Finance, «l’énergie propre va attirer des investissements de 5500 milliards de dollars d’ici à 2030».

Steyer, le baron vert

Parmi les riches individus qui ont choisi de se tourner vers le renouvelable, le milliardaire californien Tom Steyer est sans doute un cas à part. Celui qui a désormais ses entrées à la Maison-Blanche a promis d’investir près de 100 millions de dollars dans la campagne pour les élections de mi-mandat de novembre, afin de favoriser les candidats sensibles à la question climatique.

Le baron vert a toutefois aussi ses zones d’ombre. Farallon Capital Management, la société qu’il a créée et qui lui a permis de faire fortune en investissant dans l’industrie du charbon, notamment en Chine et en Indonésie, soutient financièrement un vaste projet de mine de charbon, Maules Creek, en Australie. Même s’il n’est plus à la tête de Farallon, Tom Steyer continue de bénéficier de ses investissements.

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