Visage pâle et dos légèrement courbé, le charisme n’est pas son point fort. «Pendant son face-à-face télévisé contre Ahmadinejad, au début de la campagne électorale, il ne finissait pas ses phrases, et se perdait dans des tics de langage», lui reproche un de ses partisans. Mais dix jours après sa cuisante défaite à l’élection présidentielle, c’est un nouveau Mir Hossein Moussavi qui se dit prêt «à mourir en martyr», en résistant à la censure imposée d’en haut, à coups de bains de foule improvisés lors des récentes manifestations et de communiqués publiés sur son site internet. Son objectif: faire la lumière sur les résultats du scrutin, dont il continue, preuves à l’appui, à dénoncer les fraudes. Un entêtement qui l’a rapidement érigé, malgré lui, en nouveau héros de l’opposition iranienne. Le pouvoir a d’ailleurs multiplié mercredi les arrestations dans son camp.

Né le 29 septembre 1941 dans la province iranienne de l’Azerbaïdjan, Moussavi n’a pourtant pas la prétention de renverser le système. Cet ex-révolutionnaire est un homme du sérail. En 1979, après le départ du shah, il fait partie des fondateurs du Parti islamique qui a soutenu l’ayatollah Khomeiny. Deux ans plus tard, il est nommé premier ministre, en pleine guerre Iran-Irak. Des années difficiles, peu connues de la nouvelle génération, mais qui ont marqué les esprits des plus âgés. «Il a permis d’assurer notre survie économique, en imposant un système de rationnement de la nourriture», nous confiait, pendant sa campagne, le politologue Javad Etaat. A l’époque, c’est Ali Khamenei, l’actuel guide suprême, qui occupe le poste de président. Entre les deux hommes, le courant ne passe pas vraiment. Un an après avoir présenté sa lettre de démission, d’abord refusée, Moussavi finit par entamer, en 1989, une vraie traversée du désert. Pendant deux décades, cet ingénieur de formation retourne à ses premières amours: l’architecture et la peinture. Invisible du grand public, il conseille, en coulisse, le président Mohammad Khatami, après sa victoire au scrutin de 1997.

«Vague verte»

En 2005: coup de théâtre. Surpris par l’élection d’Ahmadinejad, les réformateurs se sentent en danger. De plus en plus isolés sur la scène politique, ils préparent leur revanche. A l’approche de la présidentielle du 12 juin, Khatami se dit prêt à briguer un nouveau mandat. Mais il finit par renoncer à sa candidature au profit de son ami Moussavi. «Le profil de Khatami aurait présenté une trop grande menace pour le système. Pour donner plus de chance à un candidat réformateur de mener à bien campagne, il fut alors décidé de choisir l’option plus pragmatique, incarnée par Moussavi», relève un analyste qui préfère taire son nom.

D’apparence timorée, Moussavi est censé rassurer les conservateurs tout en mobilisant les jeunes par son discours d’ouverture. Pendant sa campagne, il prône un retour aux «valeurs fondamentales» du père de la République islamique, feu l’ayatollah Khomeiny, et rejette ouvertement le renoncement, par l’Iran, à l’enrichissement d’uranium. Dans le même temps, il se dit prêt à dialoguer avec l’Amérique, tout en promettant, en interne, de soutenir la presse et les droits des femmes. Mais la «vague verte» (la couleur de sa campagne), qui se met à déferler à travers le pays, prend tout le monde de court. En l’espace de quelques jours, il devient le symbole du changement. Vu de l’étranger, il incarne le nouveau visage d’un Iran avec qui il est possible, à nouveau, de discuter. «Ce raz de marée inattendu a pris tout le monde de court, y compris le guide religieux. C’est peut-être une des principales raisons de la fraude électorale», poursuit l’analyste.

Choc fatal

A l’annonce des résultats, le choc est fatal. Appuyé par ces millions de jeunes et de femmes qui lui exprimèrent leur soutien, dix jours durant, dans les rues des grandes villes iraniennes, Moussavi décide alors de choisir son clan: celui de l’opposition. Quitte à en payer le prix fort: ses permanences de campagne ont été attaquées, ses conférences de presse interdites, ses partenaires politiques arrêtés. Un membre du parlement conservateur menaçait même, lundi, de le traîner en justice, en accusant ses «provocations» d’être «à l’origine des récents troubles».

«Je ne suis qu’un simple militant, c’est vous qui m’avez donné la force, vous qui m’avez fait prendre conscience de mes responsabilités», écrivait-il, samedi, sur son site internet, en s’adressant aux manifestants, sévèrement réprimés au cours du week-end. «Le problème, c’est qu’il n’est qu’un simple acteur dans le grand jeu théâtral iranien. Quelles que soient ses bonnes intentions, ses moyens sont limités», souffle, pessimiste, l’un d’entre eux.