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Donald Trump et le chef du Pentagone, James Mattis.
© KEVIN LAMARQUE/REUTERS

Bras de fer nucléaire

Hésitations et voix discordantes à Washington

Donald Trump et le Pentagone se répandent en propos contradictoires. Seul le secrétaire d’Etat Rex Tillerson ne dévie pas de ses convictions: il privilégie l’approche diplomatique et le renfort de sanctions financières

En août, il avait promis «le feu et la fureur» à Kim Jong-un. Le 18 septembre, à l’ONU, Donald Trump avait menacé de «détruire totalement» la Corée du Nord et mis le leader nord-coréen en garde contre toute «opération suicide». Rien de tout cela mardi. Après la nouvelle provocation de Pyongyang, le président des Etats-Unis, pourtant habitué à réagir de manière épidermique, a fait profil bas. Il s’est d’abord contenté d’un «on va s’en occuper», avant de déclarer que ce tir de missile est «une menace pour le monde entier». Pas de tweet incendiaire et revanchard, ni de déclaration à l’emporte-pièce.

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Les zigzags du chef du Pentagone

Puis, mercredi vers 15h30 heure suisse, ce tweet, aux contours flous: «Je viens juste de parler avec le président chinois Xi Jinping à propos des actions provocatrices de la Corée du Nord. D’importantes sanctions supplémentaires seront imposées à la Corée du Nord aujourd’hui. Nous allons nous occuper de cette situation!»

La menace est pourtant montée d’un cran. Très rapidement, Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine, soucieux d’éviter une nouvelle escalade verbale, avait insisté, mardi, sur le fait que les «options diplomatiques restaient sur la table». «Les Etats-Unis restent attachés à la recherche d’une voie pacifique vers la dénucléarisation», a-t-il souligné, tout en faisant allusion à des sanctions financières pour assécher Pyongyang. Sa voix est-elle prépondérante dans le dossier? Le patron du Pentagone, James Mattis, a également donné de la sienne, d’où une certaine impression de cacophonie qui émane de Washington.

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Un dossier épineux

Mais lui aussi, comme Donald Trump, semble avoir mis un peu d’eau dans son vin. Car, rappelons-nous: le 4 septembre, James Mattis évoquait encore une «réponse militaire massive», mais pas d'«anéantissement total». Il réagissait ainsi à un nouvel essai nucléaire de Pyongyang, qui affirmait avoir testé une bombe à hydrogène. Puis, le 3 octobre, il a cherché à rassurer sur la «cohésion» du gouvernement américain dans cet épineux dossier.

Devant une commission des forces armées du Sénat, qui s’interrogeait précisément sur les voix discordantes à Washington, il affirmait apporter son «soutien total» aux efforts diplomatiques. «Les instructions que le président Trump nous a données, à Rex Tillerson et à moi-même, sont très claires: nous devons poursuivre les efforts diplomatiques avec diverses initiatives menées avec la Chine et pousser à des sanctions, des sanctions économiques destinées à garder tout ceci dans le cadre diplomatique», a-t-il déclaré. Voilà pour la version datant du 3 octobre.

«Il perd son temps à négocier»

Est-ce désormais la voie qui domine, alors que Donald Trump est au pied du mur, ses menaces n’ayant eu aucun effet? Aucun scénario de riposte militaire n’a en tout cas été évoqué ces jours. «L’alliance entre les Etats-Unis et la Corée du Sud reste confiante dans sa capacité à se défendre contre la menace de la Corée du Nord», s’est contenté de déclarer un porte-parole du Pentagone. En visite en Corée du Sud, James Mattis n’avait pourtant pas hésité, le 27 octobre, à recourir une nouvelle fois à un langage guerrier, en signalant que tout usage d’armes nucléaires par la Corée du Nord suscitera une «réaction militaire massive, efficace et écrasante». Quant à Donald Trump, il a rabroué le mois dernier son chef de la diplomatie dans une série de tweets. «J’ai dit à Rex Tillerson, notre merveilleux secrétaire d’Etat, qu’il perd son temps à négocier avec le petit Rocket Man…», a-t-il notamment twitté. Ce même Rex Tillerson qui paraît aujourd’hui avoir le lead dans le dossier.

Une chose est sûre: Donald Trump, qui avait assuré que la Corée du Nord ne deviendrait pas un Etat nucléaire sous sa présidence, a perdu son pari. Il va devoir admettre que Kim Jong-un est parvenu à imposer un nouveau rapport de force. Ce nouveau tir est une réaction au fait que Washington a remis la Corée du Nord sur sa liste des Etats «terroristes». Il représente surtout un avertissement clair: les armements nord-coréens «ne poseront aucune menace à aucun pays ou région tant que les intérêts de la Corée du Nord ne seront pas remis en cause», précise le communiqué nord-coréen. Dans ce contexte, une action militaire américaine ferait craindre le pire.

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