Venezuela

Des heurts éclatent à Caracas après le ralliement de militaires à Juan Guaido

Les manifestants sont descendus dans la rue pour soutenir l'appel de Juan Guaido à l'armée de faire défection. Les heurts avec les forces de l'ordre ont fait 69 blessés

Des manifestants se sont violemment opposés aux forces de l'ordre mardi dans les rues de Caracas en soutien à un groupe de militaires qui ont rallié l'opposant Juan Guaido. Rues barrées, jets de pierres, nuages de gaz lacrymogènes: la situation restait très tendue mardi après-midi dans la capitale vénézuélienne, a constaté l'Agence France-Presse (AFP). Au moins 69 personnes ont été blessées, dont deux par balle. Selon les services sanitaires, 41 personnes souffrent de lésions causées par des tirs de balles en caoutchouc.

Le gouvernement a affirmé avoir déjoué une tentative de coup d'Etat mené par un petit groupe de soldats «traîtres», et a indiqué avoir la situation sous contrôle.

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«Votre heure a sonné. C'est votre dernière chance», a de son côté mis en garde sur Twitter John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, à l'adresse du ministre de la Défense, Vladimir Padrino, du chef de la garde présidentielle Ivan Hernandez et du président de la Cour suprême, Maikel Moreno.

Martelant que les événements en cours n'étaient en aucun cas «un coup d'Etat», il a réaffirmé que «toutes les options» étaient sur la table, sans donner d'autres précisions. Les Etats-Unis «se tiennent aux côtés du peuple vénézuélien», avait assuré peu avant Donald Trump.

Leopoldo Lopez réfugié dans son ambassade

«A cette heure-ci, les putschistes sont vaincus et en train de fuir dans des ambassades», a assuré pour sa part le numéro 2 du pouvoir vénézuélien, Diosdado Cabello sur Twitter.

Pratiquement au même moment, le Chili annonçait que l'opposant Leopoldo Lopez s'était réfugié dans son ambassade à Caracas avec sa famille. En début de journée, Lopez, qui était assigné à résidence depuis 2017, était apparu aux côtés de Juan Guaido et des militaires insurgés. Il avait affirmé avoir été «libéré» par des soldats pro-Guaido.

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a affirmé que Nicolas Maduro était prêt à s'envoler mardi matin pour Cuba, avant d'en être dissuadé par la Russie. Le président vénézuélien a démenti dans la soirée: «Monsieur Pompeo, je vous en prie, quel manque de sérieux», a raillé le président vénézuélien.

Une nouvelle journée de manifestation

Dans la matinée, aux abords de la base militaire de La Carlota, de violents affrontements avaient éclaté entre les forces de l'ordre loyalistes et des milliers de manifestants pro-Guaido. Un véhicule blindé a foncé sur un groupe de manifestants de l'opposition, laissant plusieurs personnes au sol, selon les images de la télévision locale.

«C'est le moment! Les 24 Etats du pays se sont engagés sur le même chemin: il n'y a plus de retour en arrière. L'avenir nous appartient: le peuple et l'armée unis pour mettre fin à l'usurpation», avait lancé Guaido sur Twitter. 

A l'aube, dans une vidéo tournée depuis la base militaire de La Carlota, Guaido avait annoncé sur les réseaux sociaux avoir le soutien d'un groupe de «soldats courageux». Il était entouré d'un petit groupe d'hommes en uniforme. En réponse, Nicolas Maduro, qui appelle la population à faire preuve de «nerfs d'acier», avait affirmé sur Twitter bénéficier de «l'entière loyauté» des chefs de l'armée.

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Tandis que le ministre de la Défense du Venezuela, le général Vladimir Padrino, mettait en garde l'opposition contre un possible «bain de sang», le représentant de Guaido à Washington Carlos Vecchio appelait le peuple à «rester dans la rue».

Des soldats arborant un ruban bleu, signe de ralliement à Juan Guaido, étaient positionnés, armes à la main, dans cette zone de l'est de la capitale, a constaté l'AFP. «Le ruban bleu identifie les Vénézuéliens en uniforme ou non qui se mobilisent pour mettre fin à l'usurpation», a expliqué sur Twitter Carlos Vecchio. De son côté, Diosdado Cabello avait appelé les partisans de Maduro à se rassembler au palais présidentiel de Miraflores à Caracas.

Juan Guaido a appelé ses partisans à poursuivre les manifestations mercredi: «J'appelle les forces armées à continuer d'avancer dans l'opération liberté.» Quant à Nicolas Maduro, il a qualifié ces affrontements d'«escarmouche putschiste», affirmant que son gouvernement contrôlait la situation, le haut commandement militaire lui étant resté fidèle. Il a promis des poursuites pénales contre les auteurs.

Des réactions internationales divergentes

Face à l'accélération des événements au Venezuela, les réactions se sont multipliées. «L'opposition radicale au Venezuela a une fois de plus recours à une confrontation par la force», a accusé Moscou, appelant à des pourparlers pour éviter l'effusion de sang.

L'Union européenne a de son côté appelé à la «plus grande retenue», soulignant «qu'il ne peut y avoir qu'une solution politique, pacifique et démocratique», dans un communiqué de la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a exhorté «toutes les parties à éviter de recourir à la violence».

De leur côté, des alliés de Caracas comme Cuba, la Bolivie ou la Turquie, ont rejeté le «mouvement putschiste» et condamné «la tentative de coup d'Etat».

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