Le camp mené par le Hezbollah, l’allié de l’Iran, a été défait dimanche lors des législatives, au profit de la coalition soutenue par l’Occident qui doit désormais relever le défi d’éviter une nouvelle crise dans le pays.

Les résultats officiels ont été confirmés ce midi, mais les célébrations avaient déjà commencé dans la nuit de dimanche à lundi du côté des partisans de la majorité.

«C’est un grand jour pour l’histoire du Liban démocratique», a lancé avant l’aube leur chef de file Saad Hariri, en annonçant la victoire à ses partisans.

Le succès de la majorité parlementaire appuyée par Washington et Ryad était qualifié d’«historique» lundi par le quotidien Al Moustaqbal de M. Hariri, selon qui elle a obtenu 71 sièges contre 57 pour l’opposition. Ces chiffres ont été confirmés ce midi.

Le principal allié chrétien du Hezbollah a reconnu la défaite. Il s’agit d’«une victoire pour la coalition du 14 mars (nom donné à la majorité) mais aussi d’une défaite pour les Libanais qui aspiraient au changement», a déclaré Michel de Chadarevian, un membre du Courant patriotique libre (CPL) dirigé par Michel Aoun.

«La majorité de retour», confirmait lundi le quotidien Al Akhbar, proche de la minorité parlementaire menée par le parti chiite, évoquant la «grande défaite» de l’opposition.

«Ils ont été battus (...), victoire du Liban», clamait à l’inverse en une le quotidien à capitaux saoudiens basé à Londres, Asharq al Awsat, en référence à la défaite du Hezbollah et de ses alliés.

Les Libanais contre le rapprochement avec la Syrie et l’Iran

La principale interrogation réside désormais dans la forme que prendra le prochain gouvernement.

Dans sa déclaration, M. de Chadarevian a précisé que le mouvement de M. Aoun respecterait les résultats des élections, et ajouté qu’il travaillerait avec la coalition de M. Hariri en vue de former un gouvernement d’union nationale. «Le Liban peut seulement être gouverné par un cabinet d’union», a-t-il dit.

«Quel gouvernement va être issu de ces élections?», demande le quotidien As Safir, proche du camp du Hezbollah.

Le parti chiite, classé comme terroriste par Washington, veut un gouvernement d’union quel que soit le vainqueur. La majorité, sans écarter ce scénario, refuse que l’opposition dispose d’un droit de blocage dans un tel cabinet comme c’est le cas dans l’actuel gouvernement d’union.

«L’opposition va-t-elle insister encore une fois sur une minorité de blocage et la majorité va-t-elle de nouveau refuser de le lui accorder?», s’interroge encore As Safir. «Doit-on se préparer dès maintenant à une nouvelle crise politique?».

Selon le quotidien Al Akhbar, «les premières réactions n’augurent pas d’une poursuite de la crise mais indiquent que le pays est à un tournant: soit l’accord (interlibanais) de Doha est renouvelé, soit (...) on se dirige vers une confrontation que personne ne peut prédire».

L’accord de Doha signé en mai 2008 avait mis fin à des affrontements intercommunautaires sans précédent depuis la fin de la guerre civile (1975-1990) qui ont fait une centaine de morts.

La question des armes

Le Hezbollah a prévenu lundi la majorité parlementaire soutenue par l’Occident, sortie vainqueur des législatives de la veille, que le puissant arsenal de la milice chiite était un sujet «non négociable».

«Il faut que la majorité s’engage à ce que la +Résistance+ soit un sujet non négociable, (à considérer) que ses armes sont légitimes et qu’Israël est un ennemi», a affirmé à l’AFP le député du Hezbollah Mohammad Raad.

Selon le député, la victoire de la majorité signifie une poursuite du bras de fer qui dure depuis quatre ans entre les deux camps. «Numériquement parlant, les résultats montrent que la crise fait du surplace, sauf si la majorité change de comportement», a-t-il souligné.

«Soit la majorité donne des garanties (concernant l’arsenal du Hezbollah), soit elle accorde la minorité de blocage» dans le futur gouvernement, a-t-il précisé.

Le ministre israélien des Transports, Israël Katz, a réagi lundi à la défaite du Hezbollah en estimant que le parti chiite devait «maintenant être désarmé conformément aux accords conclus dans le passé».