Le long week-end a été meurtrier au Liban: une soixantaine de morts. Mais c'est probablement la queue de la comète. Le gouvernement pro-occidental a baissé les bras devant le défi du Hezbollah. Il s'en remet à l'armée, qui ne peut rien contre le «parti de Dieu» sous peine d'exploser en factions sectaires. Le commandement a décidé de maintenir à son poste le chef (chiite) de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth, et il n'entreprendra rien contre le réseau téléphonique enterré et «privé» que le Hezbollah a mis en place dans le sud et le nord-est du pays avec l'aide des Iraniens. Ces deux exigences du gouvernement étaient pourtant à l'origine de la crise armée qui a commencé mercredi dernier.

Après un apaisement précaire dans la capitale, des accrochages violents ont eu lieu jusqu'à lundi à Tripoli, dans l'Akkar au nord, et dans le chouf druze au sud-est de Beyrouth. Dans le nord, les combats ont opposé les miliciens sunnites fidèles à la majorité issue des élections de 2005, d'un côté, et de l'autre des groupes armés pro-syriens alliés du Hezbollah: alaouites (c'est aussi le groupe au pouvoir à Damas) et des militants du Parti social national syrien, dont le nom est tout un programme.

Les volte-face de Joumblatt

Dans le chouf, un groupe minoritaire lié au «parti de Dieu» a attaqué le fief en pente de Walid Joumblatt, chef dynastique des druzes, qui avait poussé le gouvernement à agir contre le Hezbollah. A peu près assiégé dans sa résidence de Beyrouth, Joumblatt a dû demander grâce et accepter que son ennemi juré dans sa propre communauté, Talal Arslan, trouve un arrangement pour faire taire les armes. Ce n'est pas sa première volte-face. Jusqu'en 2003, Walid Joumblatt, dont toute la politique vise à protéger le domaine druze, était un proche allié de Damas. Après l'invasion de l'Irak, il a choisi le camp américain. Samedi, il semblait admettre que l'influence du parti armé de Hassan Nasrallah - donc de l'Iran et de la Syrie - ne peut pas être réduite au Liban, et qu'il lui faut composer.

Beyrouth bruissait lundi des négociations de coulisses engagées pour sortir de la crise. Le Hezbollah vient de faire la démonstration qu'il ne rendra pas la moindre arme ou le moindre téléphone. Et il répète avec plus de force qu'avant à quelles conditions il pourrait sortir de son opposition et rentrer dans le gouvernement qu'il a quitté avec fracas il y a deux ans. Il exige une minorité de blocage dans le cabinet, une loi électorale qui lui soit plus favorable, et des élections sur cette base l'an prochain. S'il obtient satisfaction, il donnera au parlement ses voix au chef de l'armée, le général Michel Souleiman, candidat de compromis à la tête de l'Etat, mettant ainsi fin à une vacance présidentielle de six mois. La neutralité bienveillante dans laquelle le général a maintenu ses troupes depuis une semaine augmente ses chances d'être élu.

Perte d'appuis chrétiens

Dans la nouvelle configuration, le Hezbollah a cependant un point faible, qui explique sans doute sa hâte à déclencher une épreuve de force: il a perdu des appuis dans le camp chrétien. Le général Michel Aoun reste dans sa barque, mais un ancien ministre et grand féodal, Michel Murr, l'a quittée. L'entente que ces chrétiens avaient conclue avec le «parti de Dieu» devient nettement plus délicate maintenant que les armes du Hezbollah ont été utilisées non pas contre «l'ennemi sioniste», mais contre d'autres Libanais.