Un rêve vieux de deux ans, de six ans, de huit? Hillary Clinton n'avait jamais réellement fait mystère de sa volonté de revenir par la grande porte à la Maison-Blanche. C'était une promesse mutuelle que s'était faite autrefois le jeune couple Clinton, au moment de tirer des plans sur la comète: d'abord lui, ensuite elle. Une promesse qui a ensuite atteint pratiquement le statut d'une évidence: l'ex-First Lady finirait tôt ou tard par devenir la première présidente des Etats-Unis. Mais c'était avant qu'un jeune homme venu de nulle part lui barre la route qui lui semblait prédestinée. Ironie: c'est ce même homme qui, aujourd'hui, finit de briser ce rêve en lui offrant les rênes de la diplomatie américaine. Le deuxième poste, peut-être, le plus important du monde. Un simple lot de consolation, lorsqu'on a désiré avec autant de force et de détermination de conquérir le premier.

«C'est la bonne personne pour ce job», se contentait de commenter Bill Clinton lundi. Un retournement qui aurait paru tout bonnement impossible il y a encore quelques mois. Entre Barack Obama et Hillary Clinton a eu lieu la bataille électorale la plus longue et la plus féroce de l'histoire des Etats-Unis. Elle a été parsemée de crises, d'invectives, même de larmes. «Honte à vous, Barack Obama», lançait une fois sa rivale pendant la campagne des primaires. Elle a traité son adversaire de «naïf», elle a souligné son inexpérience, mis en question ses compétences.

Tandem improbable

Barack Obama a répliqué tout aussi durement, dépeignant une ancienne First Lady qui avait certes rencontré tout ce que le monde compte de dirigeants, mais pour se contenter de boire le thé avec eux. Pour le défenseur du «changement», Hillary Clinton était l'emblème du «vieux Washington» dont il fallait se débarrasser. La démocrate, a-t-il répété des dizaines de fois, avait approuvé le lancement de la guerre contre l'Irak, «la plus importante décision de politique étrangère depuis la fin de la Guerre froide». Cela la disqualifiait d'entrée.

Re-ironie: c'est dans le domaine de la politique étrangère que s'est concentrée cette longue lutte. Or, à partir du 20 janvier prochain, c'est sur ce terrain que ce tandem improbable occupera le devant de la scène. Cette nomination a ravi une bonne partie du monde politique américain. Les démocrates voient ainsi refermée une plaie dangereuse au sein de la famille. Mais bon nombre de «faucons» saluaient aussi cette nomination, comme Richard Perle, «l'architecte» de la guerre d'Irak, qui décelait chez la nouvelle secrétaire d'Etat «une prédisposition à la dureté» dont il se félicitait.

Même si le nom d'Hillary Clinton circulait depuis des semaines, cette réconciliation a été loin d'être simple. Barack Obama, en vérité, a mis longtemps a se résoudre à écarter sa rivale du poste de vice-présidente. Ce sont ses conseillers qui l'avaient dissuadé: ramener Hillary Clinton a la Maison-Blanche, plaidaient-ils, c'était aussi le risque de faire revenir l'ambiance de «drame» perpétuel qui a régné durant la présidence de son mari.

Bill a tout accepté

Pendant les «auditions», Hillary Clinton a exigé d'avoir un rapport privilégié avec le futur président. La ligne devra toujours rester ouverte entre le Département d'Etat et la Maison-Blanche. Pour Barack Obama, l'exigence était recevable. Et pour cause, puisqu'elle montrait bien que les choses étaient claires: le président sera le seul patron.

Afin que l'affaire soit conclue, c'est pourtant Bill Clinton qui dû surtout faire le poing dans la poche. La fondation charitable qu'il a créée après son départ de la Maison-Blanche devra devenir totalement transparente. Lui qui a par le passé multiplié les contacts ambigus avec certains despotes asiatiques ou des hommes d'affaires aux desseins peu clairs, devra communiquer désormais le nom de chacun des donateurs de sa fondation. Il devra faire valider au préalable chacun de ses discours et s'abstenir de toute allusion à la politique étrangère. Bill Clinton a tout accepté.

Et Hillary Clinton elle-même? Après son échec aux primaires, l'ancienne candidate se trouvait à la tête d'une armée de 18 millions d'électeurs et d'électrices. Rapidement, elle a pourtant montré des actes d'allégeance, multipliant les apparitions aux quatre coins du pays pour appeler ses troupes déçues à voter en faveur de son ancien rival. Aujourd'hui, accepter le Département d'Etat, le travail harassant et les voyages incessants qu'il nécessite, revient sans doute à renoncer une fois pour toutes à faire campagne à l'avenir pour la présidence des Etats-Unis. Si elle était dépitée, elle n'en a rien montré. S'adressant à Barack Obama, la future cheffe de la diplomatie expliquait hier: «Je suis fière de vous rejoindre pour ce qui sera une difficile et excitante aventure dans ce nouveau siècle.»