Etats-Unis

Hillary Clinton peine à séduire les jeunes Américaines

Après une cuisante défaite dans le New Hampshire mardi face au sénateur Bernie Sanders, la candidate démocrate ne s’avoue toutefois pas vaincue. Les prochaines primaires devraient lui être plus favorables

Mardi soir, après l’éclatante victoire du sénateur Bernie Sanders (60%) lors de la primaire du New Hampshire, Bill Clinton avait la mine défaite. Comme sa fille Chelsea, il s’efforçait d’afficher un sourire crispé. Cet Etat de la Nouvelle-Angleterre lui avait pourtant permis de revenir en «comeback kid» pour gagner la primaire de 1992 après une défaite en Iowa. Il avait aussi offert la victoire à Hillary Clinton face à Barack Obama en 2008. Mais cette fois, il n’a fait aucune faveur au camp Clinton. L’ex-secrétaire d’État n’a obtenu que 38% des votes.

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L’écart entre le «démocrate socialiste» qui veut mener la révolution outre-Atlantique et Hillary Clinton qui promet une continuité par rapport à l’administration Obama est tel qu’il remet en question le statut de candidate inévitable de l’ex-patronne de la diplomatie américaine. Les problèmes rencontrés par la démocrate vont toutefois au-delà de la simple réalité chiffrée.

L'honnêteté d'Hillary Clinton remise en cause par les électrices

Dans les meetings d’Iowa et du New Hampshire, l’énergie dégagée par la campagne électorale de Bernie Sanders a surpris. Visiblement l’appel populiste à la révolution séduit. En comparaison, le soutien manifesté pour Hillary Clinton paraît bien poli. Et même si elle relève qu’élire la première femme de l’histoire à la Maison-Blanche aurait quelque chose de révolutionnaire, l’ex-secrétaire d’État peut difficilement prétendre ne pas faire partie de l’establishment. Peu de familles y sont autant associées que les Clinton et les Bush, présents sur la scène politique américaine depuis des décennies.

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Hillary Clinton, 68 ans, a aussi un autre écueil plutôt inattendu: les femmes. Mardi, elle n’a obtenu que 31% des votes des électrices âgées de moins de 50 ans. Les jeunes femmes se sont massivement ralliées derrière le sénateur du Vermont de 74 ans. Même les plus âgées qui apparaissaient il y a quelque temps encore comme un électorat définitivement acquis au camp Clinton sont désormais beaucoup plus hésitantes. D’un côté, elles reconnaissent qu’élire Hillary Clinton à la Maison-Blanche serait une sorte de couronnement du mouvement féministe des trente dernières années. De l’autre, elles ont un problème quant à son honnêteté. Or selon un sondage réalisé à la sortie des urnes mardi, il s’agissait d’un critère bien plus important (32%) pour les démocrates que l’expérience (22%) ou la capacité de se faire élire (13%). L’affaire de la messagerie privée utilisée par Hillary Clinton quand elle dirigeait le Département d’État continue de soulever des doutes quant à l’éthique de la candidate. La relation qu’elle entretient avec Wall Street reste elle aussi ambiguë. Les dons que la Fondation Clinton a reçus de gouvernements étrangers alors qu’elle était encore secrétaire d’État interrogent sur de possibles conflits d’intérêts.

Une battante encore dans la course

Papesse du féminisme aux Etats-Unis, Gloria Steinem a elle-même jeté de l’huile sur le feu en laissant entendre, avant de s’excuser, que les jeunes femmes soutenaient Bernie Sanders, car «c’est là que sont les garçons». Ces dernières l’ont mal pris, condamnant ce «maternalisme» d’un autre âge. Ex-secrétaire d’État sous Bill Clinton, Madeleine Albright est allée plus loin lors d’un meeting électoral: «Nous pouvons raconter comment nous avons gravi les échelons. Et bon nombre de jeunes femmes comme vous pensent que (le travail) est fait. Or ce n’est pas le cas. Il y a une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne s’entraident pas.» Or pour nombre d’électrices, les valeurs défendues par le sénateur du Vermont priment sur la nécessité d’élire à tout prix une femme. Le problème femme ne date toutefois pas d’aujourd’hui pour l’ex-sénatrice de New York. En 2008, Barack Obama avait obtenu de meilleurs scores qu’Hillary Clinton dans l’électorat féminin en Iowa et Caroline du Sud. Pour sa part, Bill Clinton n’a pas aidé son épouse en accusant le rival Sanders de «sexisme». Une acrimonie interprétée comme une preuve de désespoir. En 2008, ses critiques acerbes envers Barack Obama avaient aussi desservi la campagne de son épouse.

Bien qu’en difficulté, Hillary Clinton est toutefois loin d’être hors course. Mardi, marquée par la défaite, elle a tenu un discours de battante et a prouvé, au cours de sa carrière, une résilience exceptionnelle. Dans l’optique des primaires à venir, on la dit encore bénéficier d’une grande popularité au sein des minorités qui devraient jouer un rôle d’arbitre. Or là aussi, rien n’est acquis. Mercredi matin, Bernie Sanders rencontrait à Harlem le pasteur Al Sharpton pour tenter de combler son déficit d’image chez les Afro-Américains.


Donald Trump s’installe dans son statut de favori

A ceux qui avaient encore un doute sur sa capacité de convaincre ses partisans d'aller voter, il a donné une réponse cinglante. Le milliardaire new-yorkais Donald Trump a remporté une victoire éclatante dans le New Hampshire, prouvant qu'il n'allait pas disparaître de la course à l'investiture républicaine de sitôt. Ses meetings électoraux ont attiré des foules considérables. Le magnat de l'immobilier profite toujours de la présence d'un grand nombre de candidats dits de l'establishment républicain: John Kasich, Jeb Bush et Marco Rubio. La primaire du New Hampshire a toutefois fait une nouvelle victime : le gouverneur du New Jersey Chris Christie était sur le point de jeter l'éponge.

La deuxième place de John Kasich montre que la modération et la campagne «positive» du gouverneur de l'Ohio ont eu un impact sur les électeurs du New Hampshire. Mais beaucoup se demandent s'il va tenir la distance face à des Jeb Bush et Marco Rubio dont les équipes de campagnes pour les futures primaires sont particulièrement bien organisées. Pragmatique, John Kasich est l'un des rares gouverneurs républicains à avoir étendu la couverture de Medicaid, l'assurance-maladie publique pour les plus pauvres, une pièce maîtresse d'Obamacare, la réforme de la santé.

Jouant sa survie mardi, l'ex-gouverneur de Floride et frère du 43e président des Etats-Unis Jeb Bush a sauvé les meubles, se classant quatrième devant celui qui apparaît comme son plus sérieux rival immédiat: Marco Rubio.

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