Il était 18h56 mardi soir quand la salle a éclaté dans un tonnerre d’applaudissements. Après un vote Etat par Etat, Hillary Clinton, 68 ans, a officiellement décroché l’investiture démocrate. Bien que la candidate à la Maison-Blanche continue à être très impopulaire, elle marque l’histoire. Elle est la première femme à devenir la candidate officielle d’un des deux grands partis aux Etats-Unis. Intervenant en direct par vidéoconférence de New York, elle a déclaré: «Hello Philadelphia, je n’arrive pas à croire que nous avons créé la plus grande fissure dans le plafond de verre.» Entourée de femmes et d’une fille, la candidate démocrate a ajouté: «Je serai peut-être la prochaine femme présidente, mais l’une d’entre vous sera la prochaine.»

Avant elle, l’ancien président Bill Clinton, qui apparaissait vieillissant depuis quelque temps, a retrouvé une nouvelle jeunesse mardi soir et a fait de nouveau parler son grand talent de narrateur. En tant que président, c’était l’un des présidents les plus aptes à parler à Middle America, la classe moyenne. Il a décrit les circonstances dans lesquelles il a rencontré Hillary à la faculté de droit de l’Université de Yale au début des années 1970. Il a cherché à humaniser son épouse et à la décrire comme particulièrement qualifiée, en tant qu’ex-First Lady, ancienne sénatrice de New York et ex-secrétaire d’Etat au sein de l’administration de Barack Obama.

«Parti démocrate, tu es viré»

Avant Bill Clinton, Madeleine Albright et l’actrice Meryl Streep, la journée a eu son lot d’émotions. Dans la salle du Wells Fargo Center de Philadelphie, le rival malheureux de l’ex-secrétaire d’Etat Bernie Sanders a eu droit à une ovation des délégués qui l’ont soutenu au cours des primaires. Présent dans la délégation du Vermont, le «socialiste démocrate» a pris la parole, déclarant: «Je demande que la convention suspende la procédure, que le décompte des voix soit enregistré et qu’Hillary Clinton soit désignée candidate du parti démocrate pour la présidence des Etats-Unis.» Finalement, l’ex-sénatrice de New York a obtenu 2842 délégués, Bernie Sanders 1865 et 56 délégués ont voté blanc.

Dans la matinée de mardi, le sénateur a mis en garde les jusqu’au-boutistes de son camp: «Ce que nous devons faire, au risque sinon de le regretter pour toujours, est battre Donald Trump et élire Hillary Clinton.» Un jour plus tôt, à la convention, il a livré un plaidoyer en faveur de la candidate officielle du parti, apportant un soutien ferme. Pour lui, le risque de se voir accusé d’avoir contribué à la victoire de Donald Trump serait insupportable. Cela n’a visiblement pas suffi. Parmi les délégués pro-Sanders, plusieurs d’entre eux ont quitté la salle en guise de protestation, la bouche bâillonnée afin de déplorer la manière dont le parti démocrate les aurait réduits au silence. Aigris, ils se sont rendus près d’immenses tentes dressées par des chaînes de télévision et ont brandi des pancartes disant «Parti démocrate, tu es viré» en référence à l’émission de téléréalité «The Apprentice» que le candidat républicain Donald Trump avait animée de 1994 à 2014 sur NBC. «Voici ce à quoi ressemble une élection volée», montrait une autre pancarte. Dans la matinée, Bernie Sanders lui-même a dû faire face à des huées de ses propres partisans lors de meetings avec plusieurs délégations.

Au centre de convention toutefois, l’atmosphère n’a pas été gâtée par ces quelques incidents. Bill Clinton a réussi à emmener le public à la redécouverte de son épouse Hillary. La future présidente du parti, Donna Brazile, une Afro-Américaine qui va remplacer la déchue Debbie Wasserman Schultz, a électrifié l’assemblée par son talent de réconciliatrice. A l’applaudimètre, l’unité du parti semblait réelle au Wells Fargo Center. Mais au sein de l’électorat, le fossé entre les pro-Sanders et les pro-Clinton devra encore être comblé cet automne si la candidate démocrate veut pouvoir compter sur l’électorat du sénateur, en particulier les jeunes qui ont voté massivement pour lui au cours des primaires et dont Barack Obama avait grandement bénéficié en 2008 et dans une moindre mesure en 2012.

Tout faire pour barrer la route à Donald Trump

Aujourd’hui, si la carte électorale et la composition démographique de l’électorat sont clairement à l’avantage de la démocrate, Hillary Clinton aura plusieurs obstacles à surmonter. Le premier sera le manque de confiance qu’elle suscite auprès de l’électorat. Près de 67% des Américains ne disent pas lui faire confiance. Elle paie de fait le prix de ce qui est souvent apparu comme des calculs politiques, un manque de sincérité dans ses prises de position. Elle paie aussi le prix d’une gestion catastrophique de son problème de messagerie privée utilisée quand elle dirigeait encore le département d’Etat. Face à elle, le candidat républicain Donald Trump est aussi mal aimé par l’électorat. Le milliardaire de New York parie néanmoins sur une victoire dans plusieurs Etats de la Rust Belt, cette région du Midwest qui a été fortement touchée par la désindustrialisation de certains secteurs économiques. Il peine en revanche à convaincre les minorités afro-américaine, hispanique et les Américains d’origine asiatique. Pour Hillary Clinton, le défi sera de restaurer «la coalition Obama», de pousser les minorités à se rendre massivement aux urnes.

A Philadelphie, les orateurs démocrates ont mis en exergue les qualités de leur candidate à la présidentielle ainsi que les idées qu’elle entend défendre une fois installée dans le Bureau ovale. Mais ils n’ont pas omis de marteler quels étaient les enjeux du 8 novembre: tout faire pour barrer la route de la Maison-Blanche à Donald Trump.


Lire aussi: