Hillary Clinton à l’assaut de la Maison-Blanche

Etats-Unis La démocrate a annoncé dimanche qu’elle se présenterait bien à la présidentielle de 2016

Au sein de son parti, sa candidature est incontestée

L’annonce est venue dans un simple e-mail, envoyé à tous les donateurs du Parti démocrate. «C’est officiel, Hillary est candidate à la présidence», dit le message posté dimanche après-midi par John Podesta, son chef de campagne. Une heure plus tard, la candidate prenait elle-même la parole sur Twitter: «Les Américains ont besoin d’un champion et je veux être ce champion», écrit-elle.

L’ancienne secrétaire d’Etat âgée de 67 ans se permet cette retenue car elle sait qu’elle est la seule prétendante sérieuse du parti à l’âne. «Cette situation est unique dans l’histoire des Etats-Unis, note Mark Jones, un politologue de l’Université Rice, au Texas. Depuis 1972 et l’introduction du système des primaires, aucun candidat n’a à ce point dominé le champ électoral, à moins d’être déjà président.»

Parmi les rivaux probables d’Hillary Clinton figurent l’ex-gouverneur du Maryland Martin O’Malley, l’ancien sénateur de Virginie Jim Webb ou le sénateur du Vermont Bernie Sanders. Aucun n’a de réelles chances. Les candidats plus crédibles, comme la sénatrice Elizabeth Warren, le vice-président Joe Biden ou le gouverneur de l’Etat de New York Andrew Cuomo, ne vont même pas se présenter, tant leurs chances sont minimes.

«Résultat, Hillary Clinton n’aura pas besoin de séduire la base démocrate en adoptant des positions très à gauche, contrairement à ses rivaux républicains qui vont devoir virer à droite avant de revenir au centre une fois leur nomination acquise», analyse John Mark Hansen, un professeur de sciences politiques de l’Université de Chicago.

Plusieurs rencontres avec des électeurs sont prévus dès la semaine prochaine dans l’Iowa, le premier Etat des primaires, ajoute l’e-mail. «Elle va privilégier les événements de petite taille, qui lui permettent de montrer son côté humain et d’apporter une touche personnelle, plutôt que les grands meetings», note David Karol, un spécialiste des élections de l’Université du Maryland.

Cela lui permettra d’éviter les discours devant une foule, un exercice dans lequel elle n’est pas à l’aise, et de faire oublier la figure arrogante exhibée en 2008 lorsqu’elle arrivait à ses événements de campagne dans un hélicoptère privé surnommé le «Hill-A-Copter».

Cette campagne proche du peuple sera appuyée par une formidable machine de guerre. Elle a déjà engagé plusieurs stratèges clés utilisés par le camp Obama en 2008 et 2012, mis en place des équipes dans l’Iowa, le New Hampshire, le Nevada et la Caroline du Sud et peut compter sur deux Super PAC (organisations chargées de lever des fonds) – Ready for Hillary et Priorities USA – pour lever des fonds. La campagne, qui ciblera à la fois la coterie de grands donateurs amassée par la dynastie Clinton et les petits bienfaiteurs qui avaient soutenu Barack Obama à coup de 100 dollars, compte réunir 2,5 milliards de dollars.

Quant aux thèmes privilégiés par la démocrate, elle en a livré un avant-goût dans un épilogue à ses Mémoires publié vendredi. «Notre avenir dépend de notre capacité à faire en sorte qu’un enfant né dans les collines des Appalaches, dans le delta du Mississippi ou dans la vallée du Rio Grande grandisse avec les mêmes opportunités que Charlotte [sa petite-fille, ndlr]», écrit-elle. «Les inégalités seront l’un des thèmes forts de la campagne de 2016», pense John Mark Hansen.

Mais elle affronte aussi des obstacles. Les républicains ne semblent pas près de lâcher l’affaire de l’ambassadeur américain tué à Benghazi en 2012 lorsque Hillary Clinton était en charge des Affaires étrangères. Récemment, elle a dû s’expliquer sur l’usage d’un e-mail privé et la disparition de milliers de messages alors qu’elle était en fonction.

Plus grave, «elle devra livrer un subtil exercice d’équilibrisme pour se distancier de Barack Obama, un président impopulaire, sans pour autant donner l’impression de renier son propre bilan», souligne David Karol. Elle devra aussi éviter de se faire avaler par l’ombre d’un autre chef d’Etat: Bill Clinton.

«Il sera très dur pour les démocrates de gagner une troisième présidence», ajoute le politologue. Ce n’est arrivé qu’une fois depuis 1951, lorsque George Bush père a succédé à Ronald Reagan en 1989, mais ce dernier était à l’époque extraordinairement populaire.

«Elle devra se distancier de Barack Obama, un président impopulaire, sans renier son bilan»