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Hillary Clinton réplique aux médias chinois

La secrétaire d’Etat a plébiscité dans un discours la liberté d’expression sur Internet. Elle a aussi jeté une pierre dans le jardin de Google en exhortant les sociétés Internet à refuser d’appliquer la censure, même sous la pression des gouvernements

Pour plusieurs journaux chinois, l’affaire Google ne fait aucun pli: ce n’est qu’un prétexte que les politiciens américains ont trouvé pour promouvoir de façon déguisée les droits de l’homme. Un tabloïd, le Global Times, titrait même: «Le monde ne souhaite pas accueillir le Google de la Maison-Blanche.» D’autres médias avancent que des fonctionnaires du Département d’Etat américain ont rencontré des responsables de Google peu avant qu’éclate le scandale de piratage du plus grand moteur de recherche mondial (LT du 14.01.2009). Choquée, Google, qui possède entre 33 et 35% du marché chinois, a menacé de se retirer de Chine, premier marché mondial.

Des murs virtuels

Tenant jeudi une conférence retransmise en webcast du Newseum de Washington, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a voulu rebondir sur l’affaire Google pour asséner ses convictions. Dans son intervention intitulée «Internet Freedom», elle a exhorté les autorités chinoises à mener une «enquête minutieuse sur les intrusions informatiques» contre Google, victime d’une série de cyber­attaques en provenance de Chine.

Pékin, pour sa part, tient à atténuer le ton polémique des médias chinois. Vice-ministre des Affaires étrangères, He Yafei a déclaré que l’affaire Google n’avait rien à faire avec les relations bilatérales entre Pékin et Washington. «Si Google et d’autres entreprises étrangères ont des problèmes en Chine, il faut les résoudre par la loi et le gouvernement est prêt à les aider.» Si l’on en croit des sources chinoises, l’incident semble pourtant clos. Le Quotidien du peuple en ligne relevait dans son édition de jeudi que Google avait repris ses activités normales en Chine.

Au Newseum, le discours d’Hillary Clinton ne visait pas que la Chine. Il s’adressait aussi aux entreprises de technologie américaines. La cheffe de la diplomatie américaine a jeté une pierre dans le jardin de Google, qui avait accepté de Pékin de censurer les résultats de son moteur de recherche. Les sociétés Internet ne «devraient jamais accepter la censure et devraient au contraire défier les gouvernements qui leur imposent de telles demandes». La secrétaire d’Etat s’est érigée contre les profits immédiats à tout prix et à appeler à la responsabilité des entreprises Internet en matière de liberté d’expression.

Pour le président Barack Obama, qui avait fait un usage intensif des réseaux sociaux lors de sa campagne électorale en 2008, la promotion de la liberté d’expression sur Internet est une priorité que les Etats-Unis entendent fixer dans le cadre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Jeudi, Hillary Clinton a évoqué les commémorations de la chute du mur de Berlin auxquelles elle a assisté le 9 novembre dernier. Et le rôle des samizdat, des écrits clandestins qui contestaient le pouvoir soviétique. «Ils ont contribué à faire chuter le Rideau de fer. Aujourd’hui, avec Internet, icône de la technologie moderne, des murs virtuels se sont érigés. Il y a un rideau de l’information. Les blogs sont les samizdat du monde d’aujourd’hui.»

Dans son plaidoyer, la secrétaire d’Etat pouvait difficilement omettre de parler de l’Iran, où Facebook et Twitter ont été des instruments très utilisés par les opposants et le mouvement vert dans le cadre de l’élection présidentielle de Mahmoud Ahmadinejad et de la contestation populaire qui s’ensuivit. Ils ont permis de contourner la censure que la République islamique applique en recourant à la technologie chinoise. «Les Iraniens ont inspiré le monde en montrant par ces moyens ce qui se passait dans leur pays.» En juin de l’an dernier, le Département d’Etat était d’ailleurs intervenu auprès de Twitter pour empêcher une coupure du réseau social en Iran.

Selon Hillary Clinton, les technologies de l’information comportent des dangers (incitation à la haine raciale, religieuse, terrorisme), mais «peuvent créer des opportunités là où il n’y en a pas». Au Bangladesh par exemple, 350 000 personnes ont commencé à apprendre l’anglais avec leur téléphone portable. Un rapport de la Banque mondiale révèle qu’une croissance de 10% du taux de pénétration du téléphone portable équivaudrait à une croissance de 1% du PIB. Pour la secrétaire d’Etat, l’enjeu est clair: il porte sur le partage mondial ou la fragmentation imposée des connaissances à travers la Toile.

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