Présidentielle américaine

Hillary Clinton, la résilience incarnée

La candidate démocrate à la Maison-Blanche était dans une mauvaise passe, peinant à convaincre l’électorat américain de son honnêteté. Lundi lors du débat, elle a réussi à prendre en défaut Donald Trump au sujet de son tempérament et montré qu’il fallait encore compter avec elle le 8 novembre prochain

C’est sans doute l’une de ses forces. Hillary Clinton a beau être en difficulté, elle ne s’avoue jamais vaincue. Sur le devant de la scène politique outre-Atlantique depuis plus de deux décennies, elle résiste, envers et contre tout, devenant l’incarnation presque caricaturale de la résilience. L’affaire Monica Lewinsky et les infidélités de son mari et président Bill Clinton dans les années 1990, une défaite mortifiante face à Barack Obama en 2008 alors qu’elle était la favorite des primaires, la controverse alimentée par les républicains sur la tragédie de Benghazi où quatre Américains furent tués par des djihadistes alors qu’elle était secrétaire d’État voire enfin le scandale de la messagerie privée qu’elle utilisait quand elle dirigeait la diplomatie américaine. Ces épisodes auraient pu la mettre à terre au même titre que la pneumonie dont elle souffrait lors des commémorations des attentats du 11 septembre 2001. Filmée par un téléphone portable, elle s’était littéralement effondrée, déshydratée et épuisée.

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Lundi soir, lors du débat «du siècle» apparemment regardé par près de 84 millions de téléspectateurs et internautes, la candidate démocrate à la Maison-Blanche était bien debout, souriante et ultra-préparée, prouvant qu’il fallait encore compter avec elle. Enumérant parfois de façon professorale et sans passion des politiques qu’elle dit vouloir promouvoir si elle est élue à la Maison-Blanche, elle ne s’est pas présentée comme la candidate du changement, mais plutôt de la stabilité dans un monde tourmenté. Une manière de relever qu’il serait plus raisonnable de la voir en possession des codes nucléaires de l’Amérique que son rival Donald Trump avec lequel elle partage le record d’impopularité des candidats présidentiels depuis l’après-guerre.

Hillary Clinton a atteint un objectif prioritaire: montrer que Donald Trump n’est pas qualifié, en raison notamment de son tempérament erratique, pour succéder à Barack Obama et devenir le 45e président des Etats-Unis. Elle a incité son rival républicain à s’enfermer dans l’image de l’homme d’affaires qui pensent à ses intérêts personnels avant de songer à ceux du pays. Quand la démocrate laisse entendre que Donald Trump refuse de publier sa déclaration d’impôts parce qu’il ne souhaite pas révéler aux Américains qu’il ne paie pas d’impôts fédéraux sur le revenu, le milliardaire new-yorkais ne contre-attaque pas.

Trump peu inspiré

Questionné par l’animateur Lester Holt au sujet de la «birther issue», la thèse conspirationniste colportée de 2011 à 2016 par Donald Trump selon laquelle le président Barack Obama ne serait pas né aux Etats-Unis, le candidat républicain s’est montré peu inspiré. Incapable d’expliquer pourquoi il a retourné sa veste voici quelques jours, déclarant que Barack Obama est «bien né aux Etats-Unis», le tribun new-yorkais préfère accuser à tort l’équipe de campagne de Hillary Clinton, en 2008, d’avoir répandu la rumeur selon laquelle Barack Obama serait né au Kenya. Sur les questions raciales, le républicain n’a pas cherché à désamorcer les controverses dont il s’est fait l’auteur au cours de la campagne électorale. Il s’est au contraire érigé en défenseur de l’ordre, prônant des fouilles systématiques pourtant jugées inconstitutionnelles par la justice new-yorkaise parce qu’elles touchent de façon disproportionnée les gens de couleur. La volonté exprimée par Donald Trump de rétablir l’ordre a peut-être mal passée auprès des minorités, mais elle résonne auprès de son électorat. Lundi, le FBI publiait les statistiques 2015 sur la criminalité révélant que malgré une embellie de plus de deux décennies, le nombre de meurtres commis dans les villes américaines dont Washington, Baltimore et Chicago prend à nouveau l’ascenseur (+11%).

Quel impact?

Le débat de lundi soir n’aura sans doute pas un impact fondamental sur les six dernières semaines de la campagne électorale. L’espoir dans le camp Clinton est de convaincre un nombre accru de femmes blanches qui se sont longtemps montrées peu enthousiastes au sujet de la démocrate. Hillary Clinton n’a ainsi pas omis de rappeler la vulgarité avec laquelle le candidat républicain avait nommé certaines femmes. Première femme dans l’histoire des présidentielles américaines à disputer le match final dans la course à la Maison-Blanche face à Donald Trump, l’archétype du machiste, elle espère ainsi compenser le mauvais score qu’elle obtient auprès des hommes blancs. Quant à Donald Trump, il l’a promis lundi soir. Au prochain débat, il fera des déclarations fracassantes sur les infidélités de… Bill Clinton.

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