Il s’agit de la dernière prestation majeure de l’ex-First Lady et ex-sénatrice qui quitte son poste de secrétaire d’Etat pour le laisser au sénateur John Kerry. Le 11 septembre 2012, le consulat américain de Benghazi, à l’est de la Libye, a été la proie d’un raid de militants salafistes lourdement armés proches d’Al-Qaida.

Lors de l’assaut, quatre Américains ont été tués dont l’ambassadeur en Libye Christopher Stevens. Hillary Clinton a d’emblée défendu l’action du Département d’Etat, rappelant que «lorsque l’Amérique est absente (du terrain), particulièrement dans des environnements instables, cet état de fait a des conséquences. L’extrémisme prend racine, nos intérêts en souffrent et notre sécurité intérieure est menacée.»

La secrétaire d’Etat a relevé les aspects positifs des révoltes arabes du printemps 2011, mais aussi les dangers. Elle a déclaré qu’Al-Qaida avait subi de sérieux revers en Afghanistan et au Pakistan, mais que l’organisation et ses affiliés restaient actifs en tant que mouvement mondial. «Les forces américaines peuvent tuer ses leaders, mais jusqu’à ce que la démocratie s’installe dans la région, nous continuerons d’’être confrontés à ce niveau d’instabilité.»

Dans un vif échange avec le sénateur républicain du Wisconsin Ronald H. Johnson, Hillary Clinton a fustigé ses accusations selon lesquelles l’ambassadrice américaine auprès de l’ONU à New York, Susan Rice, aurait menti au peuple américain lors de plusieurs émissions télévisées du dimanche où elle avait laissé entendre que la tragédie était peut-être en lien avec une vidéo anti-Islam diffusée sur Internet par un Américain d’origine égyptienne (coopte).

John McCain «pas satisfait»

Le sénateur John McCain, qui a fait du drame de Benghazi une affaire quasi-personnelle (il était devenu ami de Christopher Stevens), a dit ne «pas être satisfait des réponses» d’Hillary Clinton. Selon lui, le Département d’Etat n’a pas réagi aux avertissements en provenance de Libye sur la sécurité des Américains sur place.

Or selon une loi que le Congrès a adoptée en 1990, le Département d’Etat est prié de sélectionner le sous-traitant local le meilleur marché, et non le meilleur pour assurer la sécurité des ambassades et consulats des Etats-Unis. Cet aspect n’a pourtant jamais été mis en évidence dans l’enquête à propos de Benghazi. Les gardes locaux du consulat de Benghazi ont d’ailleurs fait le minimum pour garantir la sécurité du consulat.

De fait, le Département d’Etat évalue tous les six mois la sécurité de ses édifices à l’étranger en les classant dans plusieurs catégories allant de «zéro risque» à «critique». Dans le cadre de son budget 2013, le Département d’Etat a déclaré vouloir introduire une nouvelle catégorie «très critique» pour les ambassades les plus menacées.

Les gardes locaux d’ambassades peu sûrs

De plus, selon un audit de l’Inspecteur général, deux tiers des responsables de la sécurité des ambassades américaines ont évoqué des problèmes avec des gardes locaux et plus de la moitié d’entre eux ont estimé que la sécurité serait sensiblement améliorée s’ils pouvaient passer outre la clause imposant d’engager les gardes les meilleur marché.

Le sénateur républicain Rand Paul a été particulièrement véhément au sujet d’Hillary Clinton: selon lui, elle a «mal géré» l’affaire. «Si j’avais été président, je vous aurais relevé de vos fonctions. C’est inexcusable», a ajouté Rand Paul estimant que l’affaire de Benghazi est la pire tragédie depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Durant l’audition devant le Sénat, la secrétaire d’Etat n’a pas retenu son émotion quand elle a dû décrire ce que représentait pour elle la mort de quatre collaborateurs. Elle a décrit le retour des cercueils sur la base aérienne d’Andrew dans le Maryland. Peu avant de témoigner devant le Congrès, la secrétaire d’Etat a souligné que son département allait mettre en oeuvre le plus rapidement possible 29 recommandations émises par les auteurs d’une enquête sur la tragédie qu’elle avait commandée pour faire toute la lumière sur le drame.

Les républicains du Congrès attendaient ce moment depuis longtemps. Certains d’entre eux sont convaincus que l’administration Obama a mal géré l’affaire de Benghazi. Ils y voient une possibilité de ternir le bilan d’Hillary Clinton, qui pourrait être la candidate démocrate à la présidentielle de 2016. Or celle-ci est aujourd’hui plus populaire que jamais.

Selon un observateur connaissant bien le Département d’Etat se confiant au Temps, la secrétaire d’Etat «est une vraie star» au sein de son département, n’hésitant pas à aller encourager et féliciter personnellement des collaborateurs, même aux échelons inférieurs, pour le travail accompli.